Lundi 5 octobre 2020
2 min

Réinventer le modèle économique de l'Opéra de Paris

Alors que l'Opéra de Paris traverse une crise historique et déclare un déficit qui atteindra 45 millions d'euros d'ici à la fin de l'année, c'est tout son modèle économique que doit revoir la grande boutique afin de se relever.

Réinventer le modèle économique de l'Opéra de Paris
Le Billet éco d'Antoine Pecqueur, © Getty / OlegAlbinsky

Il y a deux points de vue sur l’Opéra de Paris. Le premier est conjoncturel car l’Opéra a été impacté par la grève contre la réforme des retraites puis par le Covid-19.
Ces crises sociales et sanitaires ont stoppé l’activité et ont débouché sur une crise économique : l’Opéra de Paris accuse 45 millions d’euros de pertes. Il me semble bien plus intéressant d’analyser la situation d’un point de vue structurel. Le modèle même de l’Opéra de Paris mérite d’être aujourd’hui repensé, avec son budget de 225 millions d’euros dont la moitié environ venant de la subvention publique. A titre de comparaison, le budget d’une maison d’opéra en région, c’est à peu près un vingtième de ce montant. Comment justifier un tel écart ? D’autant que ces budgets mastodontes ne sont pas forcément synonymes de dynamisme. Cet été, pourquoi n’a-t-on pas vu les musiciens de l’Orchestre ou du Chœur de l’Opéra se produire en plein air à Paris ou dans la région Ile-de-France, alors que tant de petites compagnies le faisaient ? La fin du mandat de Stéphane Lissner a été marquée par une absence criante d’innovation alors que celle-ci était indispensable dans la crise que nous traversons. 

Le Ministère de la Culture en aide à l’Opéra dans son plan de relance

81 millions d’euros sont accordés à l’Opéra de Paris dans le plan de relance. Alors que l’enveloppe total dédiée au spectacle vivant subventionné est de 206 millions d’euros, l’Opéra de Paris cannibalise les moyens public. 20 millions d’euros sont accordés à l’Etat pour la transformation de la salle modulable. Nous pouvons nous interroger sur la nécessité dans ce contexte de crise de poursuivre ce projet, au moment où les salles existantes à Paris ont déjà du mal à retrouver leur public.

L’Opéra de Paris pourrait-il inventer un nouveau modèle ?

Il lui faut réinventer son modèle, d’un point de vue économique, artistique, écologique. Ces dernières années quelques agences artistiques ont montré avoir le quasi monopole sur les distributions vocales. Comment tolérer ces sortes d’abus de position dominante avec de l’argent public ? Et plus que des castings dispendieux, ne faudrait-il pas privilégier la formation de troupes ?
Quant aux mise en scène, elles sont devenues spectaculaires, très coûteuses sachant qu’une grande partie des décors est purement et simplement détruit à la fin de chaque production. Un vrai scandale écologique.
On peut aussi s’interroger sur le processus de nomination, encore bien opaque et trop peu paritaire. Il nous tarde de connaitre le nom du ou de la directrice musicale qu’a choisi Alexander Neef, en espérant que ce choix ait été fait en accord avec les musiciens.
La crise a au final montré la fragilité du modèle de l’Opéra, à travers aussi sa dépendance au mécénat, aux recettes venant du tourisme. Mais plutôt que de tenter de colmater les brèches, la Grande Boutique comme on la surnomme, peut aussi inventer son monde d’après, en passant d’un fonctionnement pyramidal archaïque à un modèle bien plus horizontal et innovant. En faisant construire il y a trente ans l’Opéra Bastille, François Mitterrand voulait en faire un opéra populaire. Il n’est jamais trop tard.

Cette chronique est en partenariat avec La Lettre du Musicien.

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