Lundi 4 novembre 2019
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Que tirer du livre "Capital et idéologie" de Thomas Piketty pour le monde de la culture ?

Antoine Pecqueur s'intéresse au nouveau livre de l'économiste Thomas Piketty "Capital et idéologie" paru aux éditions du Seuil en septembre dernier.

Que tirer du livre "Capital et idéologie" de Thomas Piketty pour le monde de la culture ?
Thomas Piketty pour son nouveau livre Capital et idéologie au Seuil, © Getty / Justin Sullivan

Ce livre est la suite du "Capital au XXIème siècle", qui était sorti en 2013. 

A nouveau, Thomas Piketty revient à la question fondamentale des inégalités. Comme il le constate d’emblée, chaque société humaine doit justifier ses inégalités, dont la montée est nette depuis les années 80-90.
Ces inégalités, on les retrouve pleinement dans le champ culturel. Rien que dans la sphère musicale, en matière de revenus, il existe à l’échelle française, d’un côté des enseignants de conservatoire qui gagnent 1500 euros par mois, et de l’autre, des chefs ou des solistes qui sont payés 15 000 à 20 000 euros, voire parfois plus, par concert.
L’argument consistant à dire que ces salaires se justifient car ces stars permettent de remplir les salles tient peu, surtout quand il vient de structures subventionnées jusqu’à 90% par la puissance publique…

L’enjeu central, pour Thomas Piketty, c’est celui de la fiscalité.

Pour le chercheur, aujourd’hui, la fiscalité est injuste. Il développe l’idée d’une imposition plus progressive, et surtout l’inégalité des propriétaires face aux non-propriétaires.
En musique, comment tolérer que des structures publiques financent des artistes qui pratiquent ouvertement l’optimisation fiscale ? Des directeurs musicaux en poste ne payent pas leurs impôts en France. Pour cela, ils négocient une durée de contrat qui leur permet de ne pas y être contraint. Pendant ce temps, les musiciens d’orchestres qui jouent sous leur direction paient bien leurs impôts en France.

Thomas Piketty consacre aussi plusieurs pages à la question de l’accès à l’éducation.

Sa thèse est de dire que c’est le combat pour l’éducation, et non la sacralisation de la propriété, qui a permis le développement économique et le progrès humain. En effet Thomas Piketty, relie l’économie aux sciences humaines.
En montrant là aussi les inégalités d’accès, qui restent criantes en la matière. Il dénonce le fait que les budgets consacrés à l’éducation par la puissance publique, en France et ailleurs, ne connaissent pas d’augmentation majeure depuis plusieurs années.
Les politiques défendent l’éducation artistique et culturelle mais ne lui donnent toujours pas de réels moyens.

Alors qu’une réforme du mécénat est en cours, qu'en est-il du chapitre consacré à la philanthropie ?

Piketty parle de "l’illusion philanthropique". S’il note que l’argent privé peut avoir un réel intérêt pour la culture, il tient aussi à mettre en garde quand le discours philanthropique est mis au service d’une idéologie "anti-état" particulièrement dangereuse.
Il souligne aussi que les dons sont extrêmement concentrés parmi les plus riches, qui bénéficient souvent de surcroît d’avantages fiscaux importants.
Cela aboutit à ce que les classes moyennes et pauvres subventionnent par leurs impôts les préférences des plus riches. C’est pour Piketty une nouvelle forme de confiscation du bien public. Et cela participe aussi à la sacralisation des milliardaires.
Le chercheur note avec ironie qu’il y a aujourd’hui d’un côté les oligarques russes ou les milliardaires chinois qui ne méritent pas leur fortune, et de l’autre les entrepreneurs européens et étasuniens, de préférence californien, dont il est de bon ton de chanter les louanges.
Ceux-là même qui, comme Bill Gates, investissent justement dans la philanthropie. 

Pour finir, Antoine Pecqueur vous incite à livre cet ouvrage aussi brillant que documenté, qui offre matière à réflexion pour imaginer un autre avenir économique, et donc aussi de la culture.  

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