Lundi 22 mars 2021
2 min

Positive au Covid-19, Roselyne Bachelot dans la tourmente

On a appris ce samedi que Roselyne Bachelot a été testée positive au Covid-19. Or, ce qui embarrasse l’exécutif, c’est son emploi du temps et certaines photographies, dans un contexte déjà tendu avec l'occupation d'une soixantaine de théâtres et d'opéras dans tous le pays.

Positive au Covid-19, Roselyne Bachelot dans la tourmente
La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot a été testée positive au Covid-19, le lendemain d'une journée bien chargée : de la remise de la légion d’honneur à Michel Sardou à sa soirée à l'Opéra de Paris, © Maxppp / Vincent Michel / Le Mensuel de Rennes

Roselyne Bachelot a eu une journée chargée vendredi dernier. Elle a tout d’abord remis les insignes de commandeur de la légion d’honneur à Michel Sardou. Fallait-il que l’Etat distingue aujourd’hui un chanteur à qui l’on doit notamment des chansons vantant "l’époque bénie des colonies" ou encore en faveur de la peine de mort ? Je laisse chacun en juger.
Et faut-il organiser ce type de rituels en présentiel à la veille d’un nouveau confinement ? Mais ce n’est pas tout: ensuite, la ministre s’est rendue à l’Opéra de Paris, institution chère à son coeur, on le sait, qui préparait une retransmission filmée de l’un de ses spectacles, Faust de Gounod. Initiative salutaire sauf qu’après le spectacle, la ministre est allée en coulisses saluer les artistes, et a pris la pose entourée des chanteurs qui n’étaient eux pas masqués, tous très proches d’elle. Autant dire que l’annonce de la ministre positive au Covid, alors même qu'elle avait reçu il y a quelques jours une première dose de vaccin, a créé quelques crispations et beaucoup de cas contact.

Le contexte est ultra tendu, avec notamment l’occupation des théâtres, une soixantaine actuellement

Le gouvernement ne sait quelle attitude adopter face à cette contestation inédite. Roselyne Bachelot a tenu des déclarations contradictoires à quelques jours d’intervalle. Elle se rend d’abord à l’Odéon, premier théâtre à avoir été occupé, et dit comprendre les inquiétudes de ses interlocuteurs. Elle joue alors la carte de l’empathie avec les occupants. Mais quatre jours plus tard, changement de ton devant l’Assemblée nationale où la ministre qualifie ces occupations de théâtre "d’inutiles et dangereuses". Ce que l’exécutif craint, c’est que le mouvement ne prenne d’une certaine façon la même trajectoire que les gilets jaunes. Après les rond-points, les théâtres.

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Cette contestation accentue aussi les tensions entre l’Etat et les collectivités 

En effet, sur le terrain, les élus disent en grande partie comprendre les revendications du secteur culturel. D’autant que les collectivités sont nombreuses à appeler elles aussi à un processus de réouverture des salles de spectacle ou des musées. Et toutes déplorent l’absence de dialogue avec l’Etat. Or ne l’oublions pas : les villes sont les premiers financeurs de la culture, ce sont elles qui prennent en charge la plus grande partie du coût de fonctionnement des lieux. A travers cette crise, les collectivités appellent donc à réinventer leur pacte avec l’Etat.
Et les tensions politiques ne vont pas s'apaiser. Il suffit de regarder le calendrier: on est à trois mois des élections régionales, qui s’annoncent comme un test pour le gouvernement avant la présidentielle. Cette occupation des théâtres, avec aussi la réouverture résistante de certaines salles de cinéma, pourrait être un fer de lance plus large de la contestation. Car au-delà des revendications sectorielles, comme la réouverture des lieux culturels ou la prolongation de l’année blanche pour les intermittents, le mouvement dénonce plus globalement la réforme de l’assurance-chômage et veut rassembler les précaires de différents horizons. Des politiques l’ont bien compris, comme François Ruffin, député de la France insoumise, qui s’est rendu à l’Odéon. Il reste maintenant à voir si le confinement dans seize départements du pays va freiner les ardeurs des occupants ou au contraire encore plus les exacerber.

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