Lundi 20 janvier 2020
2 min

Oman: l’héritage culturel du Sultan Qabous Ben Saïd

Antoine Pecqueur consacre son billet éco de ce matin à Oman, dont le sultan Qabous Ben Said, au pouvoir pendant presque cinquante ans, est mort le 10 janvier dernier. Il a été l’un des premiers à lancer une offre culturelle dans le Golfe.

Oman: l’héritage culturel du Sultan Qabous Ben Saïd
Qabus ibn Said, © Maxppp / PANAPRESS

C’est à Mascate, la capitale du sultanat, qu’a ouvert en 2011 le premier opéra de la péninsule arabique. 

Un véritable palais, à l’architecture orientalisante, riche en or et en marbre et dont on ignore le coût de construction.
Le sultan Qabous était lui-même musicien, il jouait de l’orgue. Il y a d’ailleurs, chose rarissime, un immense orgue en fond de scène de l’Opéra. Cet Opéra n’est pas la seule salle de concert d’Oman, le sultan en avait aussi fait construire une personnelle sur son yacht.
Il avait aussi instauré une tradition musicale pour le moins surprenante : l’armée omanaise compte en son sein une fanfare de cornemuses, comme un souvenirs des années que le sultan Qabous avait passé en Grande-Bretagne où il avait étudié à l’Académie royale militaire de Sandhurst, quand Oman était encore sous protectorat britannique.

Le développement culturel d’Oman est-il juste une affaire de goût personnel du sultan ?

Miser sur la culture, en faisant construire un opéra mais aussi plus tard un vaste musée national, répond à plusieurs objectifs.
Déjà d’un point de vue géopolitique, ces équipements participent à l’image qu’a toujours voulu donner le Sultan de pacificateur dans une région en proie aux conflits.
Du fait notamment de sa confession ibadite, il était l’un des rares à pouvoir parler aussi bien avec les pays chiites comme l’Iran que les sunnites comme l’Arabie saoudite.
En outre, cet essor culturel a aussi un but économique. Le sultanat doit réfléchir à l’après–pétrole et donc à diversifier son économie. La culture lui permet ainsi de développer le tourisme. Et ça marche : en 2017, nos confrères du Monde avait classé ce pays comme la première destination au monde à visiter. 

Les arts sont-ils totalement libres à Oman ?

Derrière l’image de pacificateur, le sultan menait aussi une politique autoritaire, il ne faut pas l’oublier.
Les formes d’art alternatives n’ont pas droit de cité dans le sultanat, comme me le rappelait une source diplomatique.
Et même à l’Opéra de Mascate, la censure est de mise. Je me souviens y avoir vu une mise en scène de l’Italienne à Alger où sur la bouteille de limoncello était inscrit en grande lettre "water". Montrer de l’alcool ou des scènes de nudité y sont totalement prohibés.

Que va-t-il se passer pour la culture après la mort du Sultan ?

C’est une question cruciale car tous les équipements culturels sont directement placés sous l’égide du sultan. Toutefois les indicateurs sont plutôt positifs car le successeur, choisi par Qabous lui-même, est son cousin Haitham Ben Tarek, qui était jusqu’à présent Ministre de la Culture. Au-delà de son intérêt pour les questions culturelles, c’est une figure modérée, plus que jamais nécessaire vu les actuelles tensions géopolitiques régionales.

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