Lundi 16 novembre 2020
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Les enjeux culturels au cœur de la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

Alors que l’accord sur le Haut-Karabagh a mis fin aux hostilités, la population arménienne manifeste sur les marches de l'opéra d'Erevan. Antoine Pecqueur analyse la situation et s'interroge sur les enjeux culturels de cette guerre.

Les enjeux culturels au cœur de la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan
Opéra d'Erevan en Arménie - Billet éco d'Antoine Pecqueur, © Getty / DEA / W. BUSS

L’accord sur le Haut-Karabagh qui a mis fin aux hostilités, est vu comme une défaite de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan. Mais c'est également une guerre culturelle et un symbole, qui se joue entre les deux pays.

Une Arménie manifestante

C’est sur les marches de l’Opéra d’Erevan, la capitale arménienne, que la population manifeste depuis plusieurs jours pour affirmer son hostilité à cet accord et dénoncer l’attitude du premier ministre Nikol Pashinyan, vu par certains comme un traître depuis l’accord de cessez-le-feu. L’opéra d’Erevan a joué un rôle important pendant les six semaines de conflit, non pas pour des raisons artistiques mais parce que les musiciens y fabriquaient des fournitures militaires pour les soldats, livré directement aux troupes dans le Haut Karabakh. 

Ce conflit a enflammé les artistes arméniens, car c’est aussi une guerre entre deux cultures qui s’affronte. Au-delà de la question religieuse, vous avez d’un côté l’Arménie, qui depuis la révolution de velours il y a deux ans, est un état de plus en plus démocratique ; et de l’autre l’Azerbaïdjan, où la répression de la liberté d’expression elle s’accroit.

L'Azerbaïdjan et la culture

Le pays a toujours su miser sur la culture pour affirmer sa diplomatie d’influence. La femme d’Ilham Aliev, le président azerbaidjanais qui a récemment qualifié les arméniens de « chien », est ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, l’agence onusienne en charge de l’éducation et de la culture. Ce qui; au passage, interroge sur le rôle de l’Unesco et sa complicité avec ce type de régime. 

En France, l’Azerbaidjan avait misé sur la culture pour tenter de gommer son image de dictature pétrolière. Le Petit Palais avait par exemple accueilli en 2014 une exposition du photographe iranien Reza, qui ressemblait surtout à un dépliant touristique pour le pays. A la même époque, l’Azerbaidjan finançait même l’Orchestre Lamoureux, en échange de quelques concerts dans la programmation avec hymnes et chants patriotiques. Cependant, le directeur de l’Orchestre qui avait mis en place ce fructueux partenariat a ensuite été démis de ses fonctions.

Une crise au delà des frontières du Causase

Le conflit du Haut Karabagh est venu rappeler l’importance des diasporas. La communauté arménienne s’est mobilisé, notamment en France : le cinéaste Robert Guédiguian ou encore le chanteur André Manoukian ont écrit des tribunes pour dénoncer notamment le rôle joué par la Turquie, engagé aux côtés de l’Azerbaïdjan.

En outre, il s'agit majoritairement des Etats-Unis où la communauté s’est faite entendre à travers notamment la voix de Kim Kardashian. Du côté azerbaidjanais, un chanteur lyrique joue les ambassadeurs du régime : Yusif Eyvazov, surtout connu pour être le mari d’Anna Netrebko. « Que nos terres nous soient rendus » a-t il écrit pour affirmer son soutien à l’armée azerbaidjanaise. Il aurait refusé cette année de chanter aux côtés d’une soprano arménienne Ruzan Mantashyan. 

Le même Yusif Eyvazov a cette année reçu le Grand Prix de la culture de la banque autrichienne Wiener Privatbank. Enfin, comme c’est la Russie qui a arbitré l’accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il reste maintenant à voir si Poutine va lui aussi jouer la carte culturel, par exemple avec celui qui en est l’un des fervents soutiens, le chef d’orchestre Valery Gergiev.

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