Lundi 21 octobre 2019
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Les défis économiques des maisons d'opéra

Du 24 au 27 octobre se déroulent les journées Opera Europa à Strasbourg. Antoine Pecqueur en profite pour revenir sur les défis, notamment économiques, auxquels sont confrontés en ce début de saison les maisons d’opéras.

Les défis économiques des maisons d'opéra
L'Opéra de Lille , © Getty / Lucas Schifres

C’est une saison vraiment particulière pour les maisons d’opéras françaises. En effet un grand nombre d’institutions sont ou vont être très rapidement confrontés au départ de leur directeur. 

C’est le cas à Lyon, Strasbourg, Nice, Dijon... Ces périodes de changement sont malheureusement des périodes d’immobilisme pour les structures qui doivent attendre leur nouveau directeur pour se lancer dans les productions des spectacles à venir. Or on le sait, d’un point de vue économique, la co-production entre différentes maisons est indispensable. Et là le système est à l’arrêt…

Comment se déroule le recrutement des directeurs ?

C’est aussi là que le bât blesse. Pour ces structures financées très majoritairement par l’argent public, on serait en droit d’attendre un minimum de transparence. Mais c’est dans le secret des conseils d’administration que se joue ces recrutements, et surtout dans le bureau des Maires. En effet les villes sont généralement les principaux financeurs des maisons d’opéras. L’Etat peut également avoir son mot à dire. 

Le plus absurde, c’est que les principaux intéressés, les artistes de ces maisons, musiciens d’orchestre, choristes, danseurs, sont mis à l’écart du processus. Même les "shortlist" ne sont pas communiqués. Une erreur de base de ressource humaine ; regardez le Philharmonique de Berlin, s’il est aussi exceptionnel c’est aussi parce que les musiciens décident de leur avenir. A l’Opéra de Paris, les musiciens ne sont même pas associés au recrutement du futur directeur musical, qui va remplacer Philippe Jordan.

L’autre point négatif, c’est le peu de candidatures féminines pour diriger les opéras…

C’est là où l’on voit la différence avec l’Europe du Nord, où deux des principales maisons d’opéras, Oslo et Stockholm, sont dirigées par des femmes. En France, on les compte sur les doigts d’une main. 

Antoine Pecqueur posait récemment la question à Caroline Sonrier, directrice de l’Opéra de Lille, comment elle expliquait cette situation. Elle répondait que ce n’est pas un hasard si elle avait été nommé dans une ville, dont la maire, Martine Aubry, est justement une femme. La Maire de Lille lui a fait confiance, alors qu’elle n’avait auparavant dirigé aucune maison d’opéra. Caroline Sonrier observait aussi qu’en France, ce sont généralement des hommes au poste de directeur mais les numéros deux (les postes d’administrateurs ou de secrétaires généraux) sont, eux, tenus par des femmes. 

Le paysage évolue quand même sous d’autres aspects !

Effectivement cela évolue, notamment en terme d’ingénierie culturelle : on ne peut que se réjouir de voir l’initiative Opéra au Sud enfin commencer à prendre des formes.
Il s’agit de mutualiser les moyens de production entre les opéras de Marseille, Avignon, Toulon et Nice. Ils vont ainsi monter par exemple cette saison la Dame de pique de Tchaikovski, mis en scène par Olivier Py. Une production qu’aucune de ces maisons n’aurait sans doute pu porter individuellement. 

Il faudra bien sûr veiller à ce que mutualisation ne signifie pas ensuite réduction des coûts. Mais il existe en la matière un bel exemple, celui de l’Opéra du Rhin, qui regroupe les structures de Strasbourg, Colmar et Mulhouse.
Antoine Pecqueur salue donc la mémoire d'Eva Kleinitz, qui nous a quittés en mai dernier, et qui a dirigé avec brio l’Opéra du Rhin. Les conférences d’Opera Europa, qui se tiennent justement en Alsace, pourront lui rendre hommage et s’inspirer de son bilan.

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