Lundi 28 octobre 2019
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La bataille juridique entre l’architecte Jean Nouvel et la Philharmonie de Paris

Les ateliers Jean Nouvel ont annoncé la semaine dernière avoir déposé une plainte pénale contre la Philharmonie de Paris. Antoine Pecqueur revient sur cette affaire.

La bataille juridique entre l’architecte Jean Nouvel et la Philharmonie de Paris
La construction de la Philharmonie de Paris, © Getty / Thierry Beauvir

Les accusations sont graves : favoritisme, recel de détournement de fonds publics, faux et usage de faux…
En fait, cette plainte est une contre attaque, puisque la Philharmonie avait dégainé en premier, en demandant en 2017 à l’Atelier Jean Nouvel une créance de 170 millions d’euros. Ce montant comprenait notamment les pénalités de retard. Une créance demandée après l’échec de la procédure de conciliation. Le divorce est donc bien total.

Quand a commencé ce conflit entre maître d’œuvre et d’ouvrage ?

Le ver était dans le fruit, à partir du moment où lors du concours d’architecture pour la Philharmonie en 2007, le montant du coût de construction était largement sous-estimé. Il était à l’origine de 119 millions d’euros.
Au final, le bâtiment aura coûté 386 millions d’euros, et encore, ce montant est à prendre avec des pincettes. En effet le projet n’est pas complètement terminé. Quand on voit l’ampleur de l’édifice, avec une grande salle, des espaces de répétition, les choix des matériaux, il est évident que ce montant ne pouvait jamais être tenu.
Les pouvoirs publics s’accrochent à ces sous-estimations pour faire passer la pilule électoralement, et ne pas être accusé de dilapider les fonds publics dans un lieu supposé élitiste. Quant à l’architecte, il accepte le projet même s’il a bien conscience qu’il ne pourra jamais tenir ce cadre économique.

Dans ces conditions, comment s’est déroulé le chantier ?

C’était assez compliqué avec la Philharmonie d’un côté, Jean Nouvel de l’autre, et Bouygues au milieu.
L’équipe de la Philharmonie voulait à tout prix finir en temps et en heure et sans faire exploser l’ardoise. Pour cela, il a fallu réduire les ambitions de Jean Nouvel. Au début, l’architecte avait même prévu un téléphérique pour conduire les spectateurs en haut du bâtiment. Le public devait aussi pouvoir déambuler sous la salle ; impossible pour des raisons de sécurité. L’écran qui devait être au milieu de la façade a lui aussi disparu du projet. Le concept même de Jean Nouvel, qui voulait faire une butte au dessus du parc de la Villette, en a pris un coup. On peut donc comprendre d’un côté son désarroi artistique. Mais de l’autre, la Philharmonie avait un calendrier à tenir avec les premiers concerts déjà organisés, et un financement contraint d’autant plus qu’il était mixte, partagé entre l’Etat et la Ville de Paris.

Quel issu donner à ce conflit ?

C’est le Tribunal de Grande Instance de Paris qui, saisi du litige financier, va arbitrer. On espère que cette affaire fasse jurisprudence dans le monde de l’architecture. Entre temps, les concerts vont continuer à se dérouler sans encombres à la Philharmonie. Quant à Jean Nouvel, il va se lancer dans le projet d’Al Ula, vaste complexe touristique en Arabie Saoudite. Il aura alors bien plus de moyens à disposition !

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