Lundi 28 décembre 2020
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Les conservatoires : les grands oubliés de la crise

A chaque allocution liée à la crise sanitaire, l'exécutif oublie systématiquement de citer les conservatoires. C'est donc un grand flou pour ces établissements qui ne savent plus comment s'organiser. Antoine Pecqueur revient sur ces incohérences.

Les conservatoires : les grands oubliés de la crise
Les conservatoires ne savent plus comment s'organiser face au flou des décisions prises par le gouvernement pour faire face à la crise sanitaire, © Getty / JARRY/TRIPELON/Gamma-Rapho

Lors des grands discours qui ont rythmés la crise sanitaire, l’exécutif parle de la situation des salles de spectacle, du monde du sport, de l’éducation nationale bien sûr, mais oublie bien généralement les conservatoires. Pour une raison simple : le gouvernement ne sait jamais vraiment dans quelle case ranger ces établissements. Sont-ils liés à la culture ou à l’éducation ?
D’où une succession d’incohérences ces dernières semaines qu’il est bon de rappeler tant elles sont révélatrices de la situation.
Tout d’abord, Jean Castex annonce le 10 décembre que les salles de spectacle ne peuvent pas rouvrir au 15 décembre, mais ne mentionne pas les conservatoires. Le lendemain, Roselyne Bachelot précise sur BFM que cette interdiction concerne aussi les conservatoires. Apparaît alors vite un paradoxe : le ministère des sports annonce que la pratique sportive peut reprendre en intérieur pour les mineurs. Comment justifier cette différence de traitement ? Le feuilleton continue et finalement le décret sort le 15 décembre en annonçant que les conservatoires sont finalement ouverts aux mineurs, sauf pour les cours de chant trop risqué d’un point de vue sanitaire.
Les établissements doivent donc s’adapter le jour même ! Une gageure sans compter là aussi une autre dissonance avec exécutif.
En effet, Jean-Michel Blanquer autorise les enfants à manquer les cours dans les écoles les 17 et 18 décembre. C’est la cacophonie : des conservatoires restent fermés, d’autres ouvrent.
Pour parachever le tout, Roselyne Bachelot déclare chez nos confrères de France Inter que les conservatoires ont rouvert pour que les enfants puissent avoir des activités pendant les fêtes. La ministre vient là de commettre une bourde, car les conservatoires sont fermés pendant les vacances mais surtout elle rouvre une polémique, car certaines villes font pression pour que les professeurs travaillent pendant les vacances, contrairement à l’éducation nationale.

Cette situation ne reflète-t-elle pas le statut même des conservatoires, qui reste ambigu ?

Le paradoxe est que les conservatoires dépendent du Ministère de la Culture, or le ministère n’est pas leur premier finançeur. Ce sont les villes qui financent majoritairement les conservatoires, sans compter bien sûr certains établissements, comme l’Ecole normale de musique, qui sont entièrement privés.
Tout cela aboutit à un paysage éclaté, avec souvent de la concurrence entre les acteurs, par exemple entre Demos et les conservatoires.
A l’autre bout de la chaîne, il y a aussi le rôle des pôles supérieurs, entre les études et la vie professionnelle.
Il faut à tout prix donner plus de lisibilité, ce devrait être le sens de la réforme des conservatoires entreprises depuis de nombreuses années par le ministère. Le problème est qu’on n’en voit toujours pas la couleur !
Le Centre national de la musique, le CNM, a sans doute un rôle à jouer : il est d’ailleurs en train de cartographier l’offre d’établissements artistiques sur le territoire. Une première étape d’inventaire nécessaire mais qui n’est qu’un début ; reste à voir si le ministère voudrait à l’avenir transférer entièrement sa compétence dans ce domaine au CNM, au risque d’apparaître de plus en plus appauvrie…

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