Lundi 26 octobre 2020
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Le paysage culturel américain dévasté

Huit jours avant l'élection présidentielle aux Etats-Unis, Antoine Pecqueur revient sur la crise que subit le modèle culturel américain face à l'épidémie. Les artistes attendent donc beaucoup du futur vote. Entre les deux candidats, ce sont deux visions de la politique culturelle qui s'affrontent.

Le paysage culturel américain dévasté
Aux Etats-Unis, le secteur culturel est complètement à l'arrêt depuis le début de la crise du Covid. Les artistes font face à une grande précarité., © Getty / Jo McRyan

Aux Etats-Unis, le paysage culturel est totalement à l’arrêt. De la côté Est à la côte Ouest : le Met de New York comme le Philharmonique de Los Angeles ont annoncé l’annulation des spectacles pour toute la saison, jusqu’en juin prochain. Pour les artistes, ces arrêts ont des conséquences sociales dramatiques : les salaires des musiciens de l’Opéra de San Francisco ont par exemple été divisé par deux. Au Met, les artistes doivent se contenter de l’indemnisation hebdomadaire de 340 euros, un montant largement insuffisant pour vivre dans une ville comme New York.

Pourquoi en Europe les structures culturelles arrivent peu à peu à se relancer et pas aux Etats-Unis ?

Cela tient au modèle même de l’économie de la culture anglo-saxonne, qui fait reposer les structures culturelles sur leurs ressources propres.
Ils ont deux mannes principales : la billetterie et la philanthropie.
Commençons par la billetterie : cela implique qu’une salle aux Etats-Unis ne peut fonctionner en jouant avec une demie-jauge imposée par un protocole sanitaire car elle n’a pas de subventions publiques lui permettant de compenser. Elle doit donc impérativement remplir.
Quant à la philanthropie, elle risque d’être lourdement impactée par la crise économique. Comme on le voit même à une bien plus petite échelle pour le mécénat ici en France.
Sans compter que des riches donateurs pourraient être tentés de venir aider d’autres domaines, comme la santé ou la recherche, plus d’actualité que la culture. N’oublions pas toutefois que la philanthropie bénéficie de dispositifs fiscaux très avantageux, comme une forme d’aide indirecte de l’Etat.

Deux visions de la politique culturelle entre Joe Biden et Donald Trump ?

En effet, ce sont deux visions qui s'opposent entre les deux candidats avec comme point d’achoppement, le NEA, le fonds national pour les arts.
On ne peut pas parler de ministère de la Culture, tant ses moyens n’ont rien de comparable, mais c’est une agence fédérale qui coordonne aux Etats-Unis les institutions culturelles du pays.
Trump n’a eu de cesse de vouloir purement et simplement éliminer cette agence. Alors que de son côté, Joe Biden a toujours soutenu le NEA, se battant à plusieurs reprises contre des amendements voulant diminuer son budget.
Dans le contexte de la crise sanitaire, cette agence si elle était soutenue par les politiques pourrait jouer un rôle bien plus important.
Il y a tout lieu de penser que Joe Biden s’il arrivait au pouvoir saurait l’utiliser à bon escient. 

En tout cas les artistes sont nombreux à soutenir le candidat démocrate : des stars de l’art contemporain, comme Jeff Koons et Cindy Sherman, ont même participé à une vente aux enchères dont les fonds récoltés sont venus soutenir sa campagne. L’hypothèse a contrario d’une réélection de Donald Trump mettrait un coup d’arrêt supplémentaire à un paysage culturel américain déjà dévasté.

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