Lundi 13 janvier 2020
3 min

La Philharmonie de Paris fête ses 5 ans

Antoine Pecqueur revient ce matin sur l'anniversaire de la Philharmonie de Paris qui fête ses 5 ans. Dans le contexte actuel de crise sociale, comment se porte la salle de concert ?

La Philharmonie de Paris fête ses 5 ans
La Philharmonie de Paris, © Getty / Michael Jacobs/Art in All of Us/Corbis

Contrairement à l’Opéra de Paris ou à Radio France, la Philharmonie de Paris n’a eu depuis un mois aucun concert annulé.
Certains concerts, comme celui de l’Orchestre de Paris jeudi dernier, ont été donné dans des conditions techniques plus légères, avec une salle non gradinée, un éclairage faible et des musiciens en tenue de ville prenant la parole en début de spectacle.
Une partie du personnel veut ainsi montrer son soutien au mouvement de mobilisation contre la réforme des retraites. Mais en permettant jusqu’à présent que la programmation artistique puisse toujours se tenir.
Quant au public, depuis le début des grèves, une partie des spectateurs, parfois jusqu’à 20 voire 30%, ne se rend pas au concert, en raison des difficultés de transports. Il s’agit de spectateurs qui avaient déjà pris leur billet, donc il n’y a pas de pertes financières. Par contre, la fréquentation du musée depuis un mois a été divisée par deux.

Quelle a été l’évolution économique au cours des cinq premières années de la Philharmonie ?

On se souvient d’un lancement en trombe il y a cinq ans, qui contredisaient tous les réactionnaires prédisant qu’une telle salle dans le nord-est parisien ne pourrait trouver son public. Mais l’effet nouveauté allait-il se poursuivre ? La réponse est clairement oui, avec une fréquentation passée de 1,2 million de spectateurs en 2015 à 1,6 million en 2019. Le taux de fréquentation payant des concerts est autour de 93%. 

Tous les indicateurs sont donc au vert ?

Il y a quand même des interrogations. A commencer par le coût de fonctionnement : il est aujourd’hui de 85 millions d’euros. Il y a d’un côté les subventions publiques : 33 millions de l’Etat et 6 millions de la ville.
Elles n’augmentent pas, ce qui du fait de l’inflation signifie qu’elles baissent. Du côté des ressources propres, la billetterie apporte 20 millions d’euros, et le mécénat 5 millions. Mais la réforme de la loi Aillagon actuellement en cours va baisser le taux de défiscalisation. Si les grands groupes réduisent en conséquence leurs aides, cela signifie pour la Philharmonie une baisse de mécénat de 500 000 euros.
A cela s’ajoute le conflit entre la salle et Jean Nouvel ; au-delà des sommes faramineuses mais peu réalistes avancés par les différentes parties, cette situation bloque aujourd’hui tout éventuel travaux pour améliorer certains aspects architecturaux, comme la fluidité de l’accès au rez-de-chaussée ou les escaliers des espaces publics.

Comment la Philharmonie va-t-elle se développer dans les prochaines années ?

Ces prochaines années seront cruciales à plus d’un titre.
En février 2021 va être créé la Philharmonie des enfants, un espace éducatif qui prendra la forme d’une filiale avec pour la Philharmonie le but aussi d’exporter ensuite son concept en France et à l’étranger.
Autre échéance très importante : la fin du mandat de Laurent Bayle, qui dirige la salle, en mars 2021. La question de sa succession se posera très vite après les élections municipales de mars, car c’est une nomination de l’Etat mais avec concertation de la ville.
Le dernier grand chantier de Laurent Bayle sera donc la nomination du futur directeur ou directrice musicale de l’Orchestre de Paris, qui est désormais intégré au sein de la Philharmonie. Le concert cette semaine de Tugan Sokhiev, l’un des chefs convoités, est très attendu.
Enfin, un souhait, personnel : que cette salle accentue sa démarche environnementale, aujourd’hui trop peu développée.

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