Lundi 30 décembre 2019
2 min

La grève à l'Opéra de Paris

Antoine Pecqueur revient sur la grève en cours à l’Opéra de Paris où les danseurs, mais aussi les musiciens de l’Orchestre et les techniciens s’opposent à l’actuelle réforme des retraites.

La grève à l'Opéra de Paris
La grève à l'Opéra de Paris, © Maxppp / olivier corsan - PHOTOPQR/LE PARISIEN

Comment les négociations avancent-elles précisément ?

En ce début de semaine, elles sont au point mort.
Pour rappel, mardi dernier, le ballet et l’Orchestre de l’Opéra ont joué un extrait du Lac des cygnes de Tchaïkovski sur le parvis du Palais Garnier. Avec derrière eux une banderole : la culture en danger.
Ces artistes s’opposent à la fin du régime spécial de retraites pour l’Opéra de Paris, qui permet aujourd’hui par exemple à un danseur de partir à 42 ans ou à un musicien à 60 ans. Ces images de danseurs qui font la grève en tutu ont été diffusées dans le monde entier, et ont été plutôt désastreuse pour la communication du gouvernement.
Laurent Pietraszewski, le nouveau secrétaire d’Etat aux retraites, et Franck Riester, le ministre de la Culture, ont donc ensuite un peu revu leur copie, en proposant aux danseurs de l’Opéra "la clause du grand père". C’est-à-dire que la réforme ne s’appliquerait que pour les danseurs recrutés à partir de 2022.
Une proposition massivement rejetée par les danseurs. Pour deux raisons principales : ils ne veulent pas être, selon leur propre expression, "la génération qui va sacrifier les suivantes", et surtout ils sont solidaires des autres corps de métier de l’Opéra. Car sur ce sujet, comme pour d’autres professions, l’Etat entend donner des avantages à certains mais pas à d’autres. A l’Opéra, l’ensemble des métiers fait bloc pour défendre son régime spécifique.

Pourquoi faudrait-il un régime spécifique pour cette maison d’opéra plutôt que pour une autre institution ?

Il est intéressant Christophe de regarder par exemple le cas des musiciens de l’Orchestre. Leur rythme est de 4 à 6 représentations par semaine, un rythme donc différent de celui d’une phalange symphonique traditionnelle.
Dans des conditions loin d’être aisées : il suffit de passer quelques heures dans une fosse d’orchestre pour comprendre les troubles musculo-squelettique dont souffrent les musiciens, mais aussi leur problème d’audition tant le niveau sonore y est élevé. Dans la récente production du Roi Lear d’Aribert Reiman, des musiciens portaient des casques de chantier anti-bruit. Sans parler du fait de regarder des heures durant une partition dans le noir avec une petite lampe de pupitre. Il y a assurément une pénibilité : nombreux sont d’ailleurs les musiciens à être au bout d’une saison en arrêt et l’Opéra a même engagé à demeure un kiné.
Alors bien sûr, il y a eu des excès, notamment en ce qui concerne les primes pour jouer certains instruments. Il serait bien caricatural de voir en cette grève une mobilisation de nantis. Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris, a écrit à Franck Riester une lettre pour soutenir la mobilisation de ses musiciens, lettre restée selon nos informations sans réponse.
Quant aux danseurs, comment simplement imaginer qu’ils puissent continuer à se produire au même niveau jusqu’à un âge avancé ? Les techniciens mettent eux en avant leurs horaires décalés, devant démonter les spectacles le plus rapidement possible pour permettre l’alternance de productions.  

Enfin, après trois semaines de grèves, les annulations de spectacle coûtent chers : la direction de l’Opéra parle d’ores et déjà de 12 millions d’euros de pertes. Il faut compter environ 150 000 euros par soir pour un ballet et jusqu’à 350 000 euros pour un opéra. La facture s’annonce salée, et elle n’est que provisoire. Au moment où il met en place sa réforme des retraites, l’Etat va-t-il en parallèle venir aider en urgence son institution culturelle la plus subventionnée ? Une sorte d’en même temps très macronien.

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