Lundi 2 septembre 2019
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La chronique d'Antoine Pecqueur du lundi 02 septembre 2019

Alors que le Brexit approche à grands pas, Antoine Pecqueur nous parle depuis Londres de la conséquence sur le secteur musical et sur les orchestres anglais.

La chronique d'Antoine Pecqueur du lundi 02 septembre 2019
Boris Johnson, © Getty / Dan Kitwood

La date prévue du Brexit, s’il a lieu le 31 octobre, approche à grand pas. Comment le monde de la musique classique en Grande-Bretagne fait face à cette échéance ?

Tous les musiciens et les responsables de structures culturelles avec qui je me suis entretenu ici à Londres sont consternés. D’autant plus depuis l’élection en juillet de Boris Johnson ; le nouveau premier ministre anglais semble prêt à aller au "no deal", c’est-à-dire un Brexit sans accord. Une rupture inédite des relations entre l’Union et l’un de ses membres.

Quelles pourraient être les conséquences sur le secteur musical ?

L’impact devrait se faire dans les deux sens. Les conservatoires et les orchestres anglais risquent de ne plus pouvoir accueillir autant de musiciens étrangers. Or, les institutions musicales en Grande-Bretagne, et tout spécialement Londres, ont toujours été extrêmement cosmopolites. Un grand nombre de musiciens européens viennent étudier ici via le système Erasmüs. Toutefois, ce sont les musiciens anglais qui risquent également de se produire beaucoup moins à l’étranger.
Lorsque l'on regarde l’activité d’un orchestre comme l’Orchestre symphonique de Londres, elle se fait en grande partie en tournée, notamment à la Philharmonie de Paris. Et c’est le cas aussi des orchestres baroques ; le chiffre d’affaires d’un ensemble comme le Gabrieli Consort se fait à 90% à l’étranger. Ainsi cela reste compliqué d’anticiper l’impact du Brexit sur le secteur, car personne ne sait exactement ce qui va se passer après le 31 octobre.

Les structures musicales se préparent-elles déjà au Brexit ?

Il y a déjà des signes avant-coureurs ! Par exemple, l’orchestre des jeunes de l’Union Européenne a quitté son siège en Grande-Bretagne pour s’installer en Italie. Harisson Parrott, qui est l’une des plus grandes agences de musiciens ici en Grande-Bretagne, a ouvert un bureau à Paris. Surtout, les structures musicales vont sans doute très rapidement devoir recruter de nouveaux collaborateurs, pour gérer la logistique et les formalités des visas de travail. Des dépenses qui interviennent alors que les budgets de ces structures, qui dépendent largement de fonds privés, sont déjà très tendus.

Que sait-on du rapport de Boris Johnson aux arts ?

C’est peut-être la seule chose un peu positive ! BoJo, comme on le surnomme, a commencé sa carrière d’homme politique comme responsable culture du parti conservateur. Comme maire de Londres, il s’est montré également assez investi sur le plan des arts, notamment autour des Jeux Olympiques de 2012, où un important volet culturel a été mis en place.
La presse anglaise souligne aussi que toutes les différentes femmes avec qui Boris Johnson a partagé sa vie viennent du monde artistique. Pas sûr que ce tropisme soit suffisant pour gérer l’après-Brexit, qui s’annonce comme un saut dans l’inconnu.
50 000 drapeaux européens ont déjà été commandés par des activistes pro-Europe pour la dernière nuit des Proms, qui se déroulera le 14 septembre. Tout un symbole pour ce concert très attendu à Londres, qui vient clôturer le grand festival d’été de la BBC.
Ce seront donc a priori les derniers Proms dans une Grande-Bretagne membre de l’Union européenne... Un concert à écouter en direct sur France Musique !

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