Lundi 30 août 2021
2 min

En Afghanistan, les artistes en danger

La France a terminé ses opérations d’évacuation depuis Kaboul vendredi dernier. Et ce mardi, ce sera le retrait total des forces américaines. Qu'en est il des artistes afghans ? Ont-ils pu être évacués ?

En Afghanistan, les artistes en danger
Des musiciens qui répètent à l'Institut national de musique afghan à Kaboul, © Maxppp / HEDAYATULLAH AMID/EPA/Newscom

Une partie seulement des artistes afghans ont pu être évacués... Les figures les plus emblématiques l’ont été : on pense à la cheffe d’orchestre Negin Khpalwak, qui dirigeait l’Orchestre Zohra, le premier orchestre constitué uniquement de femmes en Afghanistan, avec lequel elle s’était même produite au Forum économique de Davos. Cette cheffe d’orchestre est désormais en sécurité à New York. Ahmad Sarmast, le fondateur de l’Institut national de musique afghan, que l’on pourrait décrire comme le conservatoire de Kaboul, est lui à Melbourne, en Australie. Mais malheureusement, beaucoup de musiciennes et de musiciens afghans sont encore dans le pays.

L'insécurité des artistes restés sur place est grandissante

Dès la prise de Kaboul par les talibans le 15 août, des stations de télévisions ont supprimé la musique de leurs programmes. Certaines sources parlent de magasins d’instruments détruits. C’est un terrifiant retour en arrière pour les artistes afghans. Ces vingt dernières années, il y a eu un essor spectaculaire de la musique dans ce pays, avec le développement des écoles de musique, la création d’orchestre. Avec de surcroît, beaucoup de femmes s’impliquant dans cette pratique, qui leur était autrefois bien souvent interdite. Une démarche hautement risquée : en 2014, les talibans avaient fait exploser une bombe devant un auditorium, accusant la musique de corrompre la jeunesse. Faire de la musique en Afghanistan avait une portée hautement symbolique, comme un rempart face à l’obscurantisme religieux. Mais ce rempart a cédé, et les musiciennes et musiciens afghans aujourd’hui se cachent.

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Où en est mobilisation en Occident ?

Aux Etats-Unis, 354 artistes et une quarantaine de structures ont signé le 24 août dernier une lettre ouverte appelant le gouvernement américain à offrir l’asile aux travailleurs culturels afghans. Ils demandent notamment à accélérer les demandes de visas. Mais pas sûr que l’administration Biden, qui semble vouloir en finir le plus vite possible avec le dossier afghan, va donner une suite à cette demande. En Italie, une autre lettre ouverte envoyée à la ministre de la Recherche appelle à la création d’un pont humanitaire artistique. En France, ce sont les institutions qui ont collaboré dans le passé avec des artistes afghans qui sont le plus mobilisés, on pense à Ariane Mouchkine avec le Théâtre du Soleil ou au Mucem, le musée de Marseille. Des initiatives évidemment salutaires, mais qui se heurtent parfois à la realpolitik. On aurait bien aimé entendre sur ce sujet la ministre de la Culture Roselyne Bachelot. Mais plus que l’Etat, ce sont aujourd’hui des villes en France, comme à Strasbourg notamment, qui semblent davantage enclines à accueillir les réfugiés afghans

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