Dimanche 6 septembre 2020
1h 58mn

Turandot de Puccini

Piotr Kaminski, Chantal Cazaux et Pauline Sommelet élisent leur version de référence de l'opéra Turandot de Giacomo Puccini.

Turandot de Puccini
Le compositeur Giacomo Puccini, © Getty / Ullstein bild Dtl.

Emission enregistrée au Studio 451 de la Maison de la Radio

Compte-rendu

Quelle mauvaise idée de confier Turandot à Katia Ricciarelli ! L’Italienne est dépassée par cette tessiture de soprano dramatique, s’essouffle, avale et mâchonne les mots, sous le regard d’un Karajan impassible et bruyant. 

L’aigu flamboyant d’Inge Borkh ne corrige pas la couleur inadéquate du timbre avec le répertoire italien.  Et puis l’orchestre endormi en dit long sur le geste paresseux d’Alberto Erede. Tant pis pour Del Monaco et Tebaldi. 

Le génie de Maria Callas fait à lui seul le prix de cette Turandot. Son « In questa reggia » explore toutes les facettes et les ambivalences de la princesse de glace, avec un art unique d’incarner et de fondre mots et musique. Hélas, ni le solide Tullio Serafin ni les forces très impliquées de la Scala ne rachèteront le Calaf prosaïque d’Eugenio Fernandi et la Liù, égarée chez Franz Lehar, d’Elisabeth Schwarzkopf. 

A la tête d’un chœur et d’un orchestre tout juste suffisants, Alain Lombard ralentit les tempi et s’attarde sur d’inutiles détails. Alors on loue les phrasés de rêve de Montserrat Caballé, timbre somptueux, stylistiquement dans son élément, en dépit d’un chant un peu maigre en consonnes. Le prince de José Carreras, juvénile et fiévreux, fend l’armure, et Mirella Freni en Liù demeure un modèle de chant puccinien. La faute au chef, donc. 

D’abord et avant tout, une distribution superlative, portée par le couple Birgit Nilsson/Franco Corelli. Elle, cravachée dans son costume wagnérien, part à l’assaut du rôle en décochant des flèches dans l’aigu : si le timbre sonne peu italien, le personnage brûle et nous embrase ; lui, Calaf aux aigus d’airain, campe un héros mâle et conquérant, sans trop s’encombrer de psychologie. Renata Scotto couronne « Signore, ascolta » d’une irréelle messa di voce, et Francesco Molinari Pradelli sait décidément faire chanter Puccini.  

La direction bouillonnante et pourtant phénoménale de précision de Zubin Mehta exalte les cris, les clameurs et les flamboiements sauvages de Turandot, l’armada de percussions résonnant ici dans une rare profondeur de champ. Inattendue, Joan Sutherland joue des particularités de son timbre et de son ambitus pour investir l’inhumanité de la princesse, devant un Luciano Pavarotti solaire en Calaf et dont le « Nessun Dorma » demeure un classique, et une Montserrat Caballé filant des aigus stratosphériques. Sans oublier la qualité des seconds rôles. A ce jour une intégrale insurpassable. 

Turandot de Puccini 

Palmarès 

  1. Version D 
    Joan Sutherland, Luciano Pavarotti, Montserrat Caballé, John Alldis Choir, London Philharmonic Orchestra, dir. Zubin Mehta (Decca, 1973) 
  2. Version B 
    Birgit Nilsson, Franco Corelli, Renata Scotto, Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Rome, dir. Francesco Molinari-Pradelli (Warner, 1965) 
  3. Version C 
    Montserrat Caballé, José Carreras, Mirella Freni, Chœurs de l’Opéra du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg, dir. Alain Lombard (Warner, 1977) 
  4. Version F 
    Maria Callas, Eugenio Fernandi, Elisabeth Schwarzkopf, Chœurs et Orchestre de la Scala de Milan, dir. Tullio Serafin (Warner, 1957) 
  5. Version A 
    Inge Borkh, Mario Del Monaco, Renata Tebaldi, Chœurs et Orchestre de l’Académie Nationale Sainte Cécile, dir. Alberto Erede (Decca, 1955) 
  6. Version E
    Katia Ricciarelli, Plácido Domingo, Barbara Hendricks, Chœurs de l’Opéra de Vienne, Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Herbert von Karajan (DG, 1982) 

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