Dimanche 9 février 2020
1h 58mn

Suite française n°6 de Bach

Stéphanie-Marie Degand, Emmanuelle Giuliani et Philippe Venturini élisent la version de référence de la Sixième Suite française de Jean-Sébastien Bach.

Suite française n°6 de Bach
Jean-Sébastien Bach circa 1720, © Getty / Heritage Images / Hulton Fine Art Collection

Enregistrement le 06 février 2020 au Studio 351 de la Maison de la Radio.

L‘écoute se base sur les versions au clavecin.

compte-rendu:

Le Bach de Richard Egarr s’apparente à un labyrinthe : on orne à foison, on use d’un rubato qui donne le tournis... et on y tourne en rond. Narcissisme, quand tu nous guettes…

C’est une longue rêverie, une déambulation aux lenteurs assumées qu’offre Blandine Rannou. L’Allemande est de toute fluidité, choyée par la prise de son, mais la Sarabande pâtit de cet étirement extrême. Quelle maîtrise pourtant du style et de la rhétorique!

La prise de son un peu sèche accentue l’aspect radiographique de la lecture de Ton Koopman. Et puis le ton piqué, un peu vert, de même que la surcharge d’ornements font perdre de vue l’essentiel. Le mélange de sophistication et d’alanguissement sera fatal à la Sarabande, en dépit d’un joli jeu luthé.

Voix très articulées, main gauche éloquente, mordant des attaques : le maître Gustav Leonhardt détaille l’Allemande (jouée sans reprise) dans l’énergie et la lumière, et entame une Sarabande royale et impérieuse, très Grand Siècle. La Gigue éblouira moins.

Deux vainqueurs se distinguent, livrant deux versions aux antipodes. Celle, cultivée, de Christophe Rousset s’ouvre par une Allemande plutôt fleurie, faite de pas, d’appuis, de rebonds ; légère et volubile, la Sarabande joue le théâtre sans trop en faire, avant la griserie d’une Gigue endiablée.

Surprise ! Inattendu, Keith Jarrett sera souverain de la première à la dernière note. Son Bach moelleux, couronné d’aigus radieux, allie pudeur et élégance, puissance de la ligne et force de la pensée. Quelles tenue et hauteur de vue dans cette Sarabande mélancolique, sans le moindre épanchement ! Et voici Bach magnifié  par l’un des plus grands jazzmen de son temps.

palmarès:

N°1 ex-aequo
Version F
Keith Jarrett (ECM, 1991)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Keith Jarrett
Suite française n°6 de Bach interprétée par Keith Jarrett, © ECM

N°1 ex-aequo
Version C
Christophe Rousset (Ambroisie, 2004)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Christophe Rousset
Suite française n°6 de Bach interprétée par Christophe Rousset, © Ambroisie

N°3
Version B
Gustav Leonhardt (RCA, 1975)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Gustav Leonhardt
Suite française n°6 de Bach interprétée par Gustav Leonhardt, © RCA

N°4
Version A
Blandine Rannou (ZZT, 2001)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Blandine Rannou
Suite française n°6 de Bach interprétée par Blandine Rannou, © ZZT

N°5
Version D
Ton Koopman (Erato, 1993)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Ton Koopman
Suite française n°6 de Bach interprétée par Ton Koopman, © Erato

N°6
Version E
Richard Egarr (HM, 2015)

Suite française n°6 de Bach  interprétée par Richard Egarr
Suite française n°6 de Bach interprétée par Richard Egarr, © HM

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