Dimanche 10 février 2019
1h 58mn

Sonate "Arpeggione" de Schubert

Elsa Fottorino, Jean-Charles Hoffelé et Yves Riesel élisent la version de référence de la Sonate Arpeggione de Franz Schubert.

Sonate "Arpeggione" de Schubert
Franz Schubert, peinture de Wilhelm August Rieder (détail), © Getty / DEA / A. DAGLI ORTI / coll. De Agostini

Emission enregistrée en public le 7 février à 19h au Studio 109 de la Maison de la Radio.

compte-rendu:

Allant et fantaisie, ou fadeur et grisaille ? Antonio Meneses et Maria João Pires font les frais des désaccords critiques et sortent sur le champ… Ou presque.

Décidément personne n’entend la même chose. Faut-il ou non écarter la version historique de Rostropovitch et Britten ? Ca se discute. Le violoncelle impérial du premier et le piano un peu chichiteux du second donnent dans le sublime, bien conscients de leur statut : ces deux monstres sacrés aiment s’écouter jouer et le font savoir. Mais derrière ce romantisme décomplexé un brin narcissique, est-ce la voix de Schubert ?

A nouveau, des chicanes. Christian-Pierre La Marca et Amandine Savary chantent un premier mouvement mutin, léger, à fleur de peau, quand d’autres perçoivent un ton sec et péremptoire. Sans pathos, l’Adagio va crescendo, sur le fil de l’émotion, d’une ineffable quiétude. Mais le final douche les efforts et verse dans le prosaïsme.

Mischa Maisky et Martha Argerich partent sur un ton pesant d’où toute fantaisie est exclue : que c’est sérieux ! Une certaine densité habite le mouvement lent, aux teintes de clair de lune. Hélas le charme et le sourire font à nouveau défaut dans un final aux semelles de plomb.

Le lyrisme ultra généreux de Marie-Elisabeth Hecker et Martin Helmchen n’incite pas toujours à la pudeur : les deux musiciens tirent à hue et à dia dans un Schubert bondissant, mais il y a une narration agile, nerveuse dans cette Arpeggione poétique et engagée, jusque dans ses cabrements. On adore ou on rejette, mais on ne boude pas d’intenses moments de plaisir.

Et si Sonia Wieder-Atheron et Imogen Cooper mettaient tout le monde d’accord ? Voici une Arpeggione naturelle, simple et lumineuse, éloquente et sensible : le violoncelle se fait chanteur, danseur, murmure, confident, le piano lui répond, se fond en lui dans un paysage romantique idéal. Entre joie et mélancolie, les larmes affleurent mais le sourire l’emporte : on est bien chez Schubert, et c’est magnifique.

palmarès:

N°1
Version F
Sonia Wieder-Atherton, Imogen Cooper (RCA, 1998)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Sonia Wieder-Atherton & Imogen Cooper
La Sonate Arpeggione de Schubert par Sonia Wieder-Atherton & Imogen Cooper, © RCA

N°2
Version E
Marie-Elisabeth Hecker, Martin Helmchen (Alpha, 2017)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Marie-Elisabeth Hecker & Martin Helmchen
La Sonate Arpeggione de Schubert par Marie-Elisabeth Hecker & Martin Helmchen, © Alpha

N°3
Version C
Christian-Pierre La Marca, Amandine Savary (Fuga Libera, 2011)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Christian-Pierre La Marca & Amandine Savary
La Sonate Arpeggione de Schubert par Christian-Pierre La Marca & Amandine Savary, © Fuga Libera

N°4
Version D
Mischa Maisky, Martha Argerich (Philips, 1984)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Mischa Maisky & Martha Argerich
La Sonate Arpeggione de Schubert par Mischa Maisky & Martha Argerich, © Philips

N°5
Version A
Mstislav Rostropovitch, Benjamin Britten (Decca, 1968)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Mstislav Rotropovitch & Benjamin Britten
La Sonate Arpeggione de Schubert par Mstislav Rotropovitch & Benjamin Britten, © Decca

N°6
Version B
Antonio Meneses, Maria João Pires (DG, 2012)

La Sonate Arpeggione de Schubert par Antonio Menesses & Maria Joao Pires
La Sonate Arpeggione de Schubert par Antonio Menesses & Maria Joao Pires, © DG

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