Dimanche 23 février 2020
1h 58mn

Roméo et Juliette de Tchaïkovski

Jérôme Bastianelli, Emmanuelle Giuliani et Yannick Millon élisent la version de référence de Roméo et Juliette de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Roméo et Juliette de Tchaïkovski
Piotr Ilitch Tchaïkovski circa 1870, © Getty / Heritage Images / coll. Hulton Archive

Enregistrement le jeudi 20 février 2020 au Studio 351 de la Maison de la Radio.

compte-rendu:

Herbert von Karajan n’aime rien tant que se lover et se complaire dans le son voluptueux de sa philharmonie berlinoise. Mais cet hédonisme donne au final une fresque bien pâle ; Roméo et Juliette, êtes-vous là ?

Le tempo d’emblée très lent accentue le statisme de ce Tchaïkovski dénervé. Comme si la puissance du mythe laissait Giuseppe Sinopoli et le Philharmonia indifférents. Drôle de drame.

Valery Gergiev fonctionne à l’instant et à l’instinct mais tire l’Orchestre du Mariinsky à hue et à dia. Entre inertie et lourdeur, la longue section d’ouverture laisse une impression d’étouffement, avec des bois confus et des cordes baveuses. Et que cette scène de bataille est brouillonne !

De la fatalité, de la noirceur... et pas trop d’amour. A la tête de l’Orchestre symphonique de Vienne, Karel Ančerl fait sourdre une matière en ébullition, grouillante de vie : c’est une tragédie qu’il veut violente, fébrile, funèbre, et si la passion couve, il n’y aura pas d’épanchement. Les tableaux belliqueux, eux, sont magistraux de fougue et de tranchant.

Avec des ressources orchestrales somptueuses (c’est le London Symphony Orchestra), Antal Dorati radiographie la partition et met le feu aux poudres. Il accentue des dissonances qui placent le drame sous un jour cru : pas de sentimentalisme en bandoulière, mais des phrases abruptes, des accords secs, un feu sous la glace qui dit à lui seul les débordements du monde tchaïkovskien.

A nouveau un London Symphony Orchestra en splendeur. Le vieux Pierre Monteux brosse la fresque de Roméo et Juliette telle qu’on l’attend : l’amour exalté, chanté avec un lyrisme à fleur de peau, et l’inéluctable tragédie, son éclat et sa puissance de feu ; bref, un vrai sens du théâtre guidé par la plus grande noblesse. Lorsque le rideau se referme sur les timbales figurant les battements de cœur des amants, la gorge se noue.

palmarès:

N°1
Version F
London Symphony Orchestra, dir. Pierre Monteux (Vanguard, 1963)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Pierre Monteux
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Pierre Monteux, © Vanguard

N°2
Version D
London Symphony Orchestra, dir. Antal Dorati (Mercury, 1959)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction d'Antal Dorati
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction d'Antal Dorati, © Mercury

N°3
Version B
Orchestre symphonique de Vienne, dir. Karel An_č_erl (Decca, 1958)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Karel Anderl
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Karel Anderl, © Decca

N°4
Version E
Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dir. Valery Gergiev (Philips, 1995)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Valery Gergiev
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Valery Gergiev, © Philips

N°5
Version A
Philharmonia Orchestra, dir. Giuseppe Sinopoli (DG, 1989)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Giuseppe Sinopoli
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction de Giuseppe Sinopoli, © DG

N°6
Version C
Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (DG, 1966)

Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction d'Herbert von Karajan
Roméo et Juliette de Tchaïkovski, sous la direction d'Herbert von Karajan, © DG

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