Dimanche 8 mars 2020
1h 58mn

Mimi & Brünnhilde

Chantal Cazaux, Piotr Kaminsky et Yannick Millon élisent les meilleures interprètes de Mimi (La Bohème de Puccini) et Brünnhilde (Le Ring, de Wagner).

Mimi & Brünnhilde
Mimi (img extr. d'un programme de La Bohème de Puccini) © Culture Club / Getty | Miss Hallo (Marguerite Jeanne Frere) est Brünnhilde dans La Walkyrie de Richard Wagner © Hulton Archive / Getty

Une bonne interprétation de Mimi et de Brünnhilde, c'est quoi ? 

Emission enregistrée le jeudi 05 mars 2020 au Studio 351 de la Maison de la Radio.

compte-rendu & palmarès:

1) Mimi (6 versions)

Le timbre charnu d’Anna Netrebko enrobe un italien mâtiné de slave : cela nuit à la véracité de cette Mimi, qui mâchonne les mots et tend à s’écouter.

Comment ne pas admirer la ligne de souffle et la langoureuse voix de miel de Renata Tebaldi ? Mais comment ne pas regretter aussi qu’elle n’en fasse pas davantage avec le texte ? Notre diva minaude, à la limite de l’affectation.

Dans le premier air, Angela Gheorghiu émerveille, timbre cristallin et fragile à la fois, Mimi mutine au sourire intérieur, admirablement secondée par un Chailly qui coule une pâte orchestrale en fusion. Mais au dernier acte, elle affiche surtout son indifférence.

Une Mimi dans la fraîcheur et le frémissement, avec ce frisson d’érotisme qui fera chavirer les cœurs. Victoria de Los Angeles offre des dégradés infinis, dessinant une cousette un rien aristocratique, aussi poète que son Rodolfo. Main dans la main avec Thomas Beecham.

Renata Scotto n’a pas son pareil pour, d’un mot, d’un soupir, d’un sourire, faire vivre la petite femme puccinienne. Ce chant ciselé, avec aigus radieux, messa di voce fondante et flambées de lyrisme, semble improviser le texte, livrant une mort bouleversante, soulevée par les torrents d’empathie d’Antonino Votto.

Mimi pour l’éternité, Mirella Freni trouve les mots, le ton, le soleil et la tendresse de l’héroïne. On se laisse étourdir par la rondeur, la beauté, la générosité et l’homogénéité de cette voix, le naturel et la pulsation interne de son italien, en osmose avec la Philharmonie de Berlin de Karajan, qui n’est pas pour rien dans cette extase puccinienne. Indémodable.

N°1
Version D
Mirella Freni, Orchestre philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (Decca, 1972)

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Mirella Freni
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Mirella Freni, © Decca

N°2
Version C
Renata Scotto, Orchestre du Mai Musical florentin, dir. Antonino Votto (DG, 1961)

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Renata Scotto
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Renata Scotto, © DG

N°3
Version A
Victoria de los _Á_ngeles, Orchestre de la RCA, dir. Thomas Beecham (EMI, 1956)

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Victoria de los Angeles
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Victoria de los Angeles, © EMI Classics

N°4
Version F
Angela Gheorghiu, Orchestre de la Scala de Milan, dir. Riccardo Chailly (Decca, 1998)

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Angela Gheorghiu
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Angela Gheorghiu, © Decca

N°5
Version B
Renata Tebaldi, Orchestre de l’Académie Sainte Cécile de Rome, dir. Alberto Erede 

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Renata Tebaldi
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Renata Tebaldi, © Decca

N°6
Version E
Anna Netrebko, Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, dir. Bertrand de Billy (DG, 2007)

Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Anna Netrebko
Mimi (La Bohème de Puccini) interprétée par Anna Netrebko, © DG

2) Brünnhilde (4 versions)

En studio avec Georg Solti en 1964, Birgit Nilsson peine à fendre la carapace, mais cette dernière brille de tous ses feux, alliant un métal et une vaillance sans concurrence. On aurait tort de faire le difficile.

On peut trouver un brin d’exotisme dans le chant de Martha Mödl, avec ses raucités et ses aigus feulés, mais sa Brünnhilde est torche vive, déesse fragile et femme blessée à la fois. Et quel soutien dans la baguette vif-argent de Joseph Keilberth !

La Brünnnilde de Nina Stemme a pour elle la chaleur et la tendresse : si les éclats guerriers ne l’effraient pas, sa supplique face à son père lui arrache des accents bouleversants. Dans l’Immolation, emmenée cette fois par Philippe Jordan, elle confirme la dimension humaine et impériale de l’héroïne.

Astrid Varnay est par excellence la voix de la tragédie. Aigus de feu, médium nourri, graves ambrés, cette voix mure couvre toute l’inhumaine tessiture de Brünnhilde, mais surtout fond déclamation, incarnation et puissance dans un creuset unique. Ce portrait est d’une perfection intimidante. Comme avec Mödl, mais quelques jours plus tôt, Keilberth commande le drame et fait feu de tout bois du théâtre wagnérien.

N°1
Version A
Astrid Varnay, Orchestre du Festival de Bayreuth, dir. Joseph Keilberth (Testament)

Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Astrid Varnay
Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Astrid Varnay, © Testament

N°2
Version D
Nina Stemme, Orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, dir. Valery Gergiev (Mariinsky, 2011)

Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Nina Stemme
Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Nina Stemme, © Mariinsky

N°3
Version C
Martha Mödl, Orchestre du Festival de Bayreuth, dir. Joseph Keilberth (Testament, 1955)

Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Martha Mödl
Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Martha Mödl, © Testament

N°3
Version B
Birgit Nilsson, Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Sir Georg Solti (Decca, 1964)

Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Birgit Nilsson
Brünnhilde (Le Ring, de Richard Wagner) interprètée par Birgit Nilsson, © Decca

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