Dimanche 7 juin 2020
1h 58mn

La Moldau de Bedřich Smetana

Jérémie Cahen, Stéphanie Friédérich et Piotr Kaminski élisent leur version de référence de La Moldau de Bedrich Smetana.

La Moldau de Bedřich Smetana
Smetana à Prague en 1876 (1/5) Portrait du compositeur Bedřich Smetana (1824-1884), vers 1877, © Getty

[Rediffusion] Première diffusion le 25 septembre 2016.

compte rendu:

Du son, toujours du son et encore du son ! István Kertész choisit l’option virile et fait peu de cas, dans cette lecture électrique, de la variété et de la subtilité des climats posés par Smetana.

Paavo Berglund peine à intéresser. Comme s’il ne parvenait pas à inventer ou renouveler les couleurs au gré du discours. Il y a de la chaleur, de la puissance, mais peu de charme et de poésie, et on se noie dans un son statique et monochrome.

Chacun est surpris d’entendre Karel Ančerl et sa Philharmonie Tchèque si réservés, si carrés dans leur répertoire de prédilection : le thème principal, maigrelet, débouche sur une polka qui ne danse pas, et le nocturne ennuie vite sous cette battue étrangement prosaïque. La fin d’une référence historique.

La Moldau de Kubelík s’ouvre sereinement, sous le soleil et un sourire apaisé : un calme qui ne veut pas dire ennui. Hélas le bonheur est de courte durée et le poème symphonique se transforme en production hollywoodienne bourrée d’effets attendus et de poses outrées. On est loin du compte !

La volupté comme maître-mot, l’ivresse sonore comme règle d’or. Le Smetana de Karajan et des Berlinois n’est que lumière, générosité, puissance, traversés d’une tendresse infinie. Si la polka, très stylisée, convainc à moitié, l’ensemble rayonne de plénitude... pourvu qu’on accepte cette conception un rien ostentatoire : le superbe tableau, vu de loin, d’une Bohême idéalisée.

Cohérence, éloquence, fluidité, liberté : La Moldau de Fricsay est renversante. Les pupitres chantent, le geste, léger, fait scintiller l’orchestrer et bondir la narration, dans un luxe inouï de détails. C'est une Moldau élégante, suggestive, narrative – la nuit étend un voile berliozien sur les forêts de Bohême, et la fin devient une bataille épique. Splendide !

palmarès:

N°1
Version D
Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Ferenc Fricsay (DG, 1960)

N°2
Version B
Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Herbert von Karajan (DG, 1983)

N°3
Version F
Orchestre Symphonique de Boston, dir. Rafael Kubelík (DG, 1971)

N°4
Version A
Orchestre Philharmonique Tchèque, dir. Karel Ančerl (Supraphon, 1963)

N°5
Version E
Staatskapelle de Dresde, dir. Paavo Berglund (Warner, 1978)

N°6
Version C
Orchestre Philharmonique d’Israël, dir. István Kertész (Decca, 1962)

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