Dimanche 10 novembre 2019
1h 58mn

Arcana, d'Edgard Varèse

Jean-Charles Hoffelé (Classica, L'Avant-scène Opéra), Sarah Léon (Classica) et Yannick Millon (Classica, altamusica.com) élisent la version de référence d'"Arcana", d'Edgard Varèse.

Arcana, d'Edgard Varèse
Edgard Varèse (1962), © Getty / Fred Stein Archive

Emission enregistrée en public jeudi 7 novembre 2019 à 19h00 au Studio de l'Agora de la Maison de la Radio.  Réservez vos places pour assister à cet enregistrement.

Compte-rendu

Une lecture timide, un discours fuyant : Kent Nagano semble mou et sans avis face à Arcana, l’Orchestre National de France livre un Varèse lisse et incolore. Le soulèvement d’un tel tourbillon sera fatal aux reliefs et aux détails de la partition, car si l’Arcana de l’Orchestre symphonique national de la Radio polonaise crépite de toute part, la direction de Christopher Lyndon-Gee nous laisse surtout à court d’air.

Ce sont de gros blocs sonores qui s’accumulent et s’entrechoquent, sans qu’on cherche à saisir le sens de l’œuvre : Zubin Mehta et l’Orchestre philharmonique de Los Angeles veulent surligner, démontrer, affichant même un ton ludique et désinvolte devant ce monument qui ouvre les portes du cosmos. Hors-sujet.

Jean Martinon se montre emporté, bouillonnant, son Varèse vif et solaire se répand telle une coulée dans un climat étouffant. Le maestro français chercherait-il à inscrire son Arcana épicé dans une filiation impressionniste ?

Impossible d’égaler en rutilance et en somptuosité le Concertgebouw d’Amsterdam. Il y a, dans le Varèse de Chailly, une volupté dans la démence, une sensualité dans l’éruption : cette ivresse sonore et cette succession de climax font de cet Arcana hédoniste un pur objet esthétique. La toute fin saisit, ouverture sur le néant doublée d’une dislocation de la matière. Et quelle prise de son ! Idéal pour une découverte.

Le venin, la sauvagerie, la force tellurique : à la tête de l’Orchestre Philharmonique de New York, Pierre Boulez dévoile l’inouï d’Arcana, auquel il imprime une tension insoutenable sans jamais cesser d’avancer et d’inquiéter. C’est terrifiant, annonciateur de cataclysmes terribles. Mais les dernières mesures, légèrement décevantes, nous feraient-elles pencher en faveur de la version Chailly ?

Palmarès

  1. Version B
    Orchestre Philharmonique de New York, dir. Pierre Boulez (Sony, 1977)
  2. Version C
    Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, dir. Riccardo Chailly (Decca, 1992)
  3. Version A
    Orchestre symphonique de Chicago, dir. Jean Martinon (RCA, 1966)
  4. Version D
    Orchestre Philharmonique de Los Angeles, dir. Zubin Mehta (Decca, 1971)
  5. Version E
    Orchestre symphonique national de la Radio polonaise, dir. Christopher Lyndon-Gee (Naxos, 2000)
  6. Version F
    Orchestre National de France, dir. Kent Nagano (Erato, 1992)

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