Dimanche 22 décembre 2019
1h 58mn

Cantates de Bach : "Jauchzet Gott in allen Landen" et "Ich habe genug"

Sophie Bourdais, Piotr Kaminski et Pauline Sommelet élisent les versions de référence des cantates BWV 51 "Jauchzet Gott in allen Landen" et BWV 82 "Ich habe genug" de Jean-Sébastien Bach.

Cantates de Bach : "Jauchzet Gott in allen Landen" et "Ich habe genug"
Johann Sebastian Bach, © Getty / Stock Montage

Quelles sont les attentes des critiques quant à l'interprétation des cantates de Bach ?

Emission enregistrée le mercredi 23 octobre 2019 à 19h au Studio de l'agora de la Maison de la Radio.

1) compte-rendu "Jauchzet Gott in allen Landen":

On se presse et on avale les mots : Helen Donath et Maurice André, main dans la main avec Neville Mariner, passent à côté de « Jauchzet Gott ». 

Elisabeth Schwarzkopf est jugée datée, de surcroît inégale dans les vocalises et avec un ton martial inadéquat.

Le soprano très vert de Marianne Kweksilber trouve un esprit, et une manière touchante d’affronter la cantate : certains, plus sévères, y entendent des stridences, sous la baguette rigide de Leonhardt. 

Noyée par la prise de son dans le premier mouvement, Natalie Dessay se rit des vocalises. Virtuose aguerrie, elle donne du poids aux paroles dans le mouvement lent, avant de triompher de l’Alleluia. Mais n’en ferait-elle pas un peu trop ?

Voix lumineuse, Emma Kirkby confère une dimension séraphique à la cantate, bien soutenue par des English Baroque Soloists soyeux et équilibrés. Mais le texte souffre d’être trop absent, comme en retrait. 

C’est au final Carolyn Sampson, dans la vision complice de Masaaki Suzuki, qui triomphe des écueils de la partition : d’abord l’esprit, la vélocité, la jubilation, puis la grâce et la pudeur dans le mouvement lent, et enfin toute l’allégresse dans l’Alleluia final… On y est !

palmarès:

N°1
Version F
Carolyn Sampson, Bach Collegium Japan, dir. Masaaki Suzuki (Bis, 2005)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Carolyn Sampson
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Carolyn Sampson, © Bis

N°2
Version E
Emma Kirkby, English Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner (Philips, 1983)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Emma Kirkby
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Emma Kirkby, © Philips

N°3
Version B
Natalie Dessay, Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm (Virgin, 2008)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Natalie Dessay
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Natalie Dessay, © Virgin

N°4
Version A
Marianne Kweksilber, Leonhardt-Consort, dir. Gustav Leonhardt (Teldec, 1974)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Marianne Kweksilber
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Marianne Kweksilber, © Teldec

N°5
Version D
Elisabeth Schwarzkopf, Philharmonia Orchestra, dir. Peter Gellhorn (Warner, 1948)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Elisabeth Schwarzkopf
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Elisabeth Schwarzkopf, © Warner

N°6
Version C
Helen Donath, Academy of Saint Martin in the Fields, dir. Neville Marriner (EMI, 1983)

Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Helen Donath
Cantate "Jauchzet Gott in allen Landen" BWV 51 interprétée par Helen Donath, © EMI

2) compte-rendu "Ich habe genug":

Baryton juste honnête, Peter Kooy ne parait concerné par ce qu’il chante, et Philippe Herreweghe ne fera pas de miracle.

Le cas Hans Hotter est unique. Ce wagnérien au timbre d’airain chante la souffrance et les abîmes avec des moyens énormes et une éloquence de prophète, face à un orchestre d’un autre temps. Hors catégorie en quelque sorte, mais à connaître.

A sa façon, Dietrich Fischer-Dieskau est lui aussi intemporel : maître des mots et du souffle, il trouve le désespoir dans Ich habe genug mais se fait piètre vocaliste dans Ich freue mich.

L’opulence, la voix longue et ductile de Matthias Goerne – velours ou soie –  touchent au sublime, guidé par un hautbois dont le souffle semble naître de celui du baryton, à moins que ce ne soit l’inverse : c’est presque trop beau ! Et quel poids aux mots, quelle humilité, quelle compréhension intime du texte !

On aime la sincérité et la simplicité de Klaus Mertens, diseur habité, déchirant dans Ich habe genug, tant couleurs, intériorité et volupté se (con)fondent dans un même paysage. Et le hautbois, amical et fruité, sous l’impulsion de Sigiswald Kuijken, participe du miracle de ce Bach à connaître impérativement.

Quelle surprise de trouver ici Olaf Bär ! Le hautbois donne le ton, dès le départ, tandis que le timbre, à la fois vibré et déchirant du baryton, habite les mots avec une puissance très personnelle. Et Peter Schreier nous étreint, qui s’y entend dans Bach.

palmarès:

N°1
Version F
Olaf Bär, Orchestre de chambre d’Ecosse, dir. Peter Schreier (EMI, 1991)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Olaf Bär
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Olaf Bär, © EMI

N°2
Version E
Klaus Mertens, La Petite Bande, dir. Sigiswald Kuijken (Accent, 1993)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Klaus Martens
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Klaus Martens, © Accent

N°3
Version A
Matthias Goerne, Camerata Academica Salzbourg, dir. Roger Norrington (Decca, 1999)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Matthias Goerne
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Matthias Goerne, © Decca

N°4
Version C
Dietrich Fischer-Dieskau, Orchestre Bach de Munich, dir. Karl Richter (Archiv, 1968)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Dietrich Fischer-Diskau
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Dietrich Fischer-Diskau, © Archiv

N°5
Version B
Hans Hotter, Philharmonia Orchestre, dir. Anthony Bernard (EMI, 1950)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Hans Hotter
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Hans Hotter, © EMI

N°6
Version D
Peter Kooy, Orchestre de la Chapelle Royale, dir. Philippe Herreweghe (HM, 1991)

Cantate "Ich habe genug" interprétée par Peter Kooy
Cantate "Ich habe genug" interprétée par Peter Kooy, © HM

la Tribune des internautes:

Quelle est la meilleure version des cantates de Bach : "Jauchzet Gott in allen Landen" et "Ich habe genug" ?
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