Samedi 4 octobre 2014
2h

Marcel Proust et la musique

Ce week-end si vous êtes à Cabourg, vous retrouverez le temps perdu grâce à la musique et aux Journées Musicales Marcel Proust, organisées depuis hier et jusqu’à dimanche par l’association des Amis de Vinteuil. La programmation y est magnifique, les concerts succèdent aux conférences, les promenades aux expositions, l’année 1914 y sera largement évoquée car ce sera la dernière que Proust passera à Cabourg. Ce matin, nous nous transporterons dans quelques uns de ces moments musicaux chers à l’écrivain...

7h00 | Journal
7h40 | La chronique du petit matin par Antoine Mignon
7h50 | Musique vintage
8h10 | Balade dans l'art avec le journal La Croix
8h25 | Parlez-moi de musique, le souvenir musical d'un auditeur
8h30 | Le fabuleux monde des archives par Jean-Yves Patte
8h45 | Actualités ( disque, concert, festival, édition...)
8h50 | Musique en miroir

Programmation musicale

Ludwig van Beethoven -Quatuor opus 130 n°13 en si b m
Cavatina-adagio molto espressivo
Quatuor Brentano
AEON AECD 1438

Henri Février - La dernière chanson
Marc Mauillon, basse
Anne Le Bozec, piano
HORTUS 704

Reynaldo Hahn - Portraits de peintres
Albert Cuyp
Caroline Gauthier, voix
William Nabore, piano
ACCD 200592

César Franck - Sonate en la majeur
Allegro ben moderato
Solenne Païdassi, violon
Laurent Wagshall, piano
INDES INDE051

Gabriel Fauré - Pelleas et Melisande opus 80
Sicilienne
Orchestre de la Suisse Romande
Armin Jordan, direction
ERATO 2292-45813-2

La chronique du petit matin

par Antoine Mignon AUTOUR DU PIANO : L'oeuvre pour piano de Max Reger

Antoine Mignon nous parle à nouveau aujourd’hui de Max Reger dont il a déjà défendu la musique pour piano sur ces ondes.

C’était il y a déjà trois ans avec une courte pièce extraite de son dernier cahier pianistique, Träume am Kamin, Rêves devant la cheminée. Je reviens aujourd’hui sur l’œuvre pianistique de Max Reger car, plus j’avance dans la découverte de ses partitions, plus je suis séduit par une musique d’une grande intelligence, une musique bien plus spontanée qu’on pourrait le croire, et surtout une musique bien souvent d’une grande beauté. C’est vrai que Reger souffre encore aujourd’hui de son image de compositeur germanique austère, d’organiste admirateur de Bach et féru de contrepoint. Ça lui colle à la peau, et assez peu de musiciens et de mélomanes prennent la peine de découvrir sa musique plus en profondeur. Certes, Reger a lui-même déclaré « Bach est pour moi le commencement et l’aboutissement de toute musique ». Mais cette phrase vient assez tard dans sa courte vie et c’est oublier que, dans un premier temps, Reger s’est placé dans le sillage romantique de Schumann puis surtout de Brahms. Ces influences marquées n’empêchent nullement Reger de proposer une musique assez rapidement personnelle, dotée parfois d’une légèret é et d’une finesse, d’un humour, même, que l’on ne soupçonnerait pas comme le court Scherzo extrait des Fantasiestücke op. 26. Cahier le plus remarquable de cette période de jeunesse. Essence Mendelssohnienne, avec quelques fulgurances virtuoses. Presque tous les autres cahiers pianistiques de Reger réservent des moments de pur bonheur, que ce soient les noires mais géniales Charakterstücke op. 32 et les multicolores Bunte Blätter op. 36. Mais le véritable premier chef d’œuvre de Reger est à mon sens le cahier d’Intermezzi op. 45, des pages bien plus difficiles à jouer mais absolument formidables, à découvrir absolument.

Cette image de Reger vient de ses deux œuvres pour piano les moins ignorées, les Variations sur un thème de Bach et les Variations sur un thème de Telemann, deux cathédrales sonores largement influencées par l’orgue, des œuvres denses, foisonnantes, longues, et un peu écrasantes pour l’auditeur, il faut bien l’avouer. Mais elles ne reflètent pas tout le reste de l’œuvre pour piano de Reger. Il faut donc écouter les Intermezzi op 45, les Silhouettes op. 53, il faut écouter Aus meinem Tagebuch op. 82 pour connaître la musique pour piano de Reger. Il faut enfin écouter les Épisodes op. 115 de 1910, au langage harmonique frôlant l’atonalité et faisant le lien entre Brahms et Schönberg via Wagner.

♫ EXTRAITS

Max Reger - Fantasiestücke op. 26 n°2
Scherzo
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.5
Thorofon, 2008

Max Reger - Intermezzo op. 45 n°5
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.7
Thorofon, 2008

Max Reger - Épisode op. 115 n°2
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.6
Thorofon, 2008.

Musique vintage

beethoven
beethoven

Ludwig van Beethoven - Quatuor à cordes n° 15 en la mineur opus 132
Allegro appasionato
Capet string quartet
OPUSK OPK 2052

Balade dans l'art

par Guillaume Goubert

opera
opera

Par Guillaume Goubert du Journal La Croix. À vrai dire, j’ai quelques jours de retard puisque l’inauguration eut lieu le 23 septembre 1964 au cours d’une soirée très officielle, présidée par André Malraux. Malraux était alors ministre de la culture du général de Gaulle. Et c’est lui qui a été à l’origine de la commande passée à Chagall. On dit qu’un soir, à l’Opéra-Garnier, il aurait été frappé par le caractère un peu triste de la salle et cela lui aurait donné l’idée de commander un nouveau plafond à un artiste contemporain. Le nom de Chagall s’est imposé très rapidement. Malraux en était à la fois un grand admirateur et un ami proche. Le peintre avait en outre une réelle expérience de l’univers de la scène. Il avait participé à larénovation du théâtre juif de Moscou entre 1919 et 1921 et conçu des dispositifs scéniques pour des œuvres de Mozart, Stravinsky ou Ravel.
Pourtant, Chagall a hésité avant d’accepter la commande. Il était très intimidé. À cette époque, il travaillait sur les vitraux d’une synagogue à Jérusalem. Ce qui lui a fait dire : « Pour les vitraux, avec le bon Dieu, je suis tranquille, mais pour l’Opéra…»
Qu’est-ce qui l’a décidé finalement ?
Sa femme, qui lui a dit, en substance : lance-toi, tu verras bien. Et Chagall s’est lancé. Il a conçu un projet qui lui ressemble, habité par tout ce qui sa peinture si aimable : descouleurs chaudes, des amoureux qui s’étreignent, toutes sortes de personnages ailés, des anges, des oiseaux et même une contrebasse volante, un faune jouant de la guitare, des bouquets de fleurs et les toits de Paris. Commande publique oblige, seules manquent les références religieuses très fréquentes dans son œuvre. Tout cela, dans un joyeux désordre, évoque très librement des œuvres comme la Flûte enchantée,Giselle, le Lac des cygnes, Pelléas et Mélisande, Boris Godounov ou Tristan et Isolde. Et puis aussi l’Oiseau de feu. C'est là, dans un petit coin que le peintre s'est représenté lui-même, la palette à la main.
Il faut savoir que le plafond d'origine n'a pas été détruit. Derrière la fresque de Chagall, une vaste toile de 1872 est toujours là. Intitulée
« Les muses et les heures du jour et de la nuit », cette œuvre de facture classique est signée d'un grand prix de Rome, Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898).

Le plafond initial de l'Opéra de Paris
Le plafond initial de l'Opéra de Paris

Pour permettre cette superposition, le plafond de Chagall a été marouflé sur 24 panneaux de résine de polyester qui sont démontables. Chagall n'a pas réalisé ce plafond tout seul, couché sur des échafaudages comme Michel Ange dans la chapelle Sixtine. Il a réalisé une maquette d'un mètre carré et demi qui a ensuite été agrandie à sa taille finale de 220m². Ce travail a été réalisé en grande partie par trois peintres assistants auxquels il faut rendre justice en citant leurs noms : Roland Bierge, Jules Paschal et Paul Versteeg. Ils ont travaillé d'abord dans une salle du musée des Gobelins puis dans un hangar de Gustave Eiffel à Meudon. Lorsque les 24 panneaux ont été installés à l’Opéra, Chagall est tout de même monté sur les échafaudages pour des touches finales et notamment pour dissimuler les jointures entre les différents morceaux.
Ce plafond a-t-il été bien accueilli ?
Ce ne fut pas la bataille d'Hernani. Mais presque. Les avis étaient très tranchés et les opposants très virulents. Comme toujours en pareil cas, certains ont considéré comme du vandalisme le fait de rompre l'unité de style du bâtiment de Charles Garnier. Il y a eu des accusations de favoritisme en raison de l'amitié entre Chagall et Malraux. On a accusé le peintre de s'être enrichi sur le dos du contribuable. Or il n'a touché aucune rémunération pour ce plafond. Pour conclure, je ne résiste au plaisir de citer le chanteur David McNeil, fils de Marc Chagall. C'est extrait d'un très joli livre intitulé « Quelques pas dans les pas d’un ange » où David McNeil évoque des souvenirs de son père et notamment leurs déjeuners dans des bistrots parisiens. Je cite :
*« Les deux ouvriers à la table à côté ont regardé ont regardé les mains de Papa, tachées de couleurs diverses, ces mains dont il disait souvent qu’elles étaient imprégnées jusqu’à l’os. Il avait alors plus de 70 ans, mais, avec son allure énergique et l’impression de puissance qui émanait de lui, il pouvait très bien passer pour un peintre en bâtiment.

  • Vous avez un chantier dans le coin ? demanda l’un d’eux.
  • Je refais un plafond à l’Opéra", répondit mon père, attaquant son œuf dur mayonnaise. »*

♫ EXTRAITS

Wolfgang Amadeus Mozart - Symphonie 41 en ut majeur K551 « Jupiter »
Ensemble orchestral de Paris
John Nelson, direction
AMIE AM 182

Maurice Ravel - Daphnis et Chloé
Danse religieuse
Orchestre philharmonique de Monte Carlo
Yakov Kreizberg, direction
OPMC 002

Parlez-moi de musique

Voici venu le moment de notre séquence « Parlez-moi de musique », ou nous découvrons un texte en lien avec la musique. Ce matin, on triche un peu car il ne s’agit pas d’un auditeur, encore que, mais d’un texte de Marcel Proust, extrait des huit poèmes qu’il a consacré à des peintres et à des musiciens.

Chopin

Chopin, mer de soupirs, de larmes, de sanglots
Q’un vol de papillons sans se poser traverse
Jouant sur la tristesse ou dansant sur les flots.
Reve, aime, souffre, crie, apaise, charme ou berce,
Toujours tu fais courir entre chaque douleur
L’oubli vertigineux et doux de ton caprice
Comme les papillons volent de fleur en fleur ;
De ton chagrin alors ta joie est la complice :
L’ardeur du tourbillon accroit la soif des pleurs.
De la lune et des eaux pale et doux camarade,
Prince du desespoir ou grand seigneur trahi,
Tu t’exaltes encore, plus beau d’etre pali,
Du soleil inondant ta chambre de malade
Qui pleure a lui sourire et souffre de le voir...
Sourire du regret et larmes de l’Espoir !

Frédéric Chopin - Etude en do dièse mineur opus 25 n° 7
Wilhem Bakhaus, piano
Plage 19 5’19
ERMITAGE/ ERM 186-2ADD

Le fabuleux monde des archives

par Jean-Yves Patte

Marcel Proust
Marcel Proust

♫ EXTRAITS

Christoph WillibaldGluck - Alceste
Divinités du Styx
Maria Gay, soprano
Avec accompagnement d'orchestre
Disque G&T Gramophone, Paris, 1903

Reynaldo Hahn - Offrande
Poésie de Paul Verlaine
Raynaldo Hahn, chant et piano
Disque Gramophone, Paris, 1919

Ludwig van Beethoven - Trio op. 87
Adagio et menuet
Henri Lefbvre, clarinette
Loui Bas, hautbois
Ernest Vinzentini, basson,
Disque Zonophone, Paris, 1907

Actualité

portos
portos

Téléphone avec le chef Michel Porto s, qui avec la complicité de Nathalie Kraft, longtemps rédactrice en chef du regretté Monde de la Musique, a imaginé des recettes qui auraient plu a quelques compositeurs. On dine avec Bach, Rossini ou Mozart , grace à « Un diner en musique », un livre publié aux éditions Buchet-Chastel et en librairie depuis le 2 octobre. Les photos d’Hervé Lefèvre mettent l’eau à la bouche !

Ludwig van Beethoven - Symphonie n° 9 en ré mineur
Finale.presto : Ode à la joie
La chambre philharmonique
Emmanuel Krivine, direction
NAIV V 5258

Musiques en miroir

Richard Wagner - Siegfried Idyll
Traüme( wesendonck lieder n°5)
Transcription Mikael Rudy
Mikael Rudy piano
EMI 5571812

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