La chronique littéraire
Magazine
Jeudi 30 octobre 2014
3 min

La femme d'en haut, de Claire Massud

Julie Clarini nous parle du dernier roman de Claire Massud, "La femme d'en haut", paru chez Gallimard.

« Je me laissais dévorer — au point de m’égarer, de m’oublier — par ma série hypothétique, et en premier lieu par mon diorama dédié à Emily Dickinson, par la minutie qu’il réclamait. […] Des heures et des heures de travail digne d’une maison de poupée, et j’adorais cela, aussi absorbée qu’un de mes élèves. Mais quand Sirena me quittait, tôt ou tard je levais les yeux de ma table et me rendais compte que j’étais seule au centre d’un minuscule cercle de lumière dans une pièce immense, comme si je figurais moi-même dans le diorama de quelqu’un d’autre, manipulée au sein de mon propre décor par un géant invisible. »

Nora ressemble à votre voisine du dessus, celle qui vous sourit chaleureusement dans l'escalier mais dont vous ignorez tout, car elle ne laisse paraître aucun désir, de peur de vous contrarier. Lorsque la belle Sirena, accompagnée de son mari et de son fils, fait irruption dans son existence d'institutrice dévouée, elle réveille un flot de sentiments longtemps réprimés.
Au fil des mois, Nora réinvente sa vie et se réinvente elle-même, projetant sur chacun des membres de cette famille ses désirs inavoués : maternité, création artistique, sensualité. Mais échappe-t-on réellement au statut de femme de second plan?

Tout en s'attaquant aux vicissitudes des rapports familiaux et à la cruauté du monde de l'art, Claire Messud brise avec acidité le mythe de la femme sans histoires, pour la révéler grinçante et en colère, habitée d'espoirs fous et, inévitablement, de fracassantes désillusions.

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