Vendredi 22 février 2019
3 min

Verdi et le différend franco-italien

Après la « Querelle des bouffons » du XVIIIe siècle confrontant opéra français et opéra italien, Roselyne Bachelot poursuit le décryptage des conflits entre la France et l’Italie, mais avec cette fois-ci le XIXe siècle à l'honneur !

Verdi et le différend franco-italien
Verdi, dans son jardin de Sant'Agata, © Getty / De Agostini Picture Library

Les sentiments franco-italiens

Aujourd'hui place à l’ambivalence des sentiments entre français et italiens et nul mieux que Giuseppe Verdi ne le symbolise, né français dans ce département français du Taro annexé par Napoléon, dans le duché de Parme et déclaré Joseph par son père au registre de la commune. 

Certes, Verdi aime la France et apprécie la liberté des mœurs parisiennes qui lui permet de vivre à sa guise quand il réside dans notre capitale. Mais le patriote est ulcéré par les ambiguïtés et le cynisme qui guident l’appui qu’apportent les autorités françaises aux indépendantistes italiens.

Napoléon III, à la hauteur de la détestation qu’on y porte aux Français

On ne peut pas dire que le rôle de Napoléon III ait été parfaitement clair dans l’avènement de la nation italienne. Les patriotes italiens avaient nourri de grands espoirs lors de son arrivée au pouvoir. Las, à peine élu, il envoie le général Oudinot pour combattre la république romaine et livrer Garibaldi aux Autrichiens. Cette trahison causera la mort d’Anita Garibaldi, minée par une traque sans merci. Après la mise à sac des provinces péninsulaires par Napoléon Ier, son successeur est à la hauteur de la détestation qu’on y porte aux Français. 

L'avènement de Victor-Emmanuel et Napoléon III

Par la suite, il va se racheter et les noms de Magenta et de Solferino sonnent comme les victoires acquises au prix du sang de nombreux soldats français. C’est un 18 juin que Victor-Emmanuel et Napoléon III entrent à Milan sous les vivats d’une foule en liesse. 

Pourtant quelque temps plus tard, sans rien dire aux Italiens, nous signons l’armistice de Villafranca avec les Autrichiens, tentons de mettre Jérôme Bonaparte sur le trône de Toscane et annexons Nice et la Savoie, nous payant sans vergogne sur la bête. 

La création de Don Carlos

Sur le plan artistique, Verdi, même s’il parle le français avec un fort accent, en maîtrise la prosodie et la rythmique ce qui conduira au chef d’œuvre absolu qu’est Don Carlos créé en 1867 pour l’Opéra de Paris sur un livret de Joseph Méry et de Camille du Locle. Mais l’ombrageux maestro n’arrivera jamais à régler son conflit récurrent avec l’Opéra de Paris. Il est fasciné par la méticulosité de la « grande boutique » qui contraste avec l’à-peu-près des théâtres italiens. Mais il est furieux de ce niveau d’exigence qu’il juge attentatoire à sa liberté et à son génie.

Le chagrin et la germanophobie de Verdi

La guerre de 1870 et les malheurs de la France susciteront chez lui un vrai chagrin mêlé d’une franche germanophobie à laquelle Wagner n’est pas étranger.  Dans ces moments de désolation, il écrit...

La blague, l’impertinence, la prétention des Français demeurent, en dépit de leurs malheurs, insupportables ».   Tout est là si on veut bien comprendre les sentiments que nous portent les Italiens. Je t’aime, moi non plus. Ti amo et non ti amo

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