La chronique de Roselyne Bachelot
Magazine
Vendredi 4 janvier 2019
3 min

Offenbach, un mari modèle ?

Comment faire autrement dans cette année du bicentenaire de sa naissance ? Comme j’aime bien casser les icônes trop lisses et savoir que les idoles ont des pieds d’argile, je commencerai en cassant un mythe

Offenbach, un mari modèle ?
Caricature de Jacques Offenbach, 1858 , © Nadar, d'après Édouard Riou / BnF

Commencer 2019 avec Offenbach ?

Comment faire autrement dans cette année du bicentenaire de sa naissance ? Nous ne nous en lasserons pas tellement ce musicien a été sottement méprisé par de prétendus connaisseurs sots et snobs. Mais comme j’aime bien casser les icônes trop lisses et savoir que les idoles ont des pieds d’argile, je commencerai en cassant un mythe. Mon ami André Tubeuf qui lui voue une grande admiration le décrit dans son Dictionnaire amoureux de la musique comme « rangé, un peu popote, avec de la morale et des mœurs, mari empressé et fidèle, fier de sa tribu d’enfants, quatre filles et un fils… Son cinq à sept galant sera de se reposer conjugalement chez lui en pantoufles ». Voire. C’est vrai que son histoire d’amour avec son épouse commence comme un conte de fées où le pauvre hère est remarqué par une princesse. Au début de sa carrière parisienne, il fréquente des salons en particulier celui de la comtesse de Vaux. Il y rencontre une fraiche jeune fille de 16 ans Herminie d’Alcain, fille d’un général carliste, et en tombe éperdument amoureux. Deux obstacles sont sur sa route, l’un pécuniaire, l’autre religieux. Il va donc entreprendre une tournée de concerts comme violoncelliste d’abord en Allemagne puis en Angleterre. Il joue alors avec les plus grands comme Mendelssohn ou Julius Benedict. Le voilà renfloué sur le plan financier, il ne reste plus qu’à abjurer sa religion juive et il se fait baptiser avec la comtesse de Vaux comme marraine. Si Paris valait bien une messe, les beaux yeux d’Herminie valait bien la même chose !

Donc un mariage heureux, certes, mais ce n’est quand même pas pour rien que les grincheux l’avaient traité de corrupteur public et il eût été étrange que celui qui décrit si bien les fêtes et les plaisirs n’eût pas goûté à quelques fruits défendus. Quoiqu’en aient prétendu certains, il n’eut jamais de liaison avec sa cantatrice fétiche Hortense Schneider, par contre le lien amoureux est avéré avec une autre chanteuse une dénommée Zulma Bouffar. Elle a 20 ans quand elle rencontre Offenbach à Hombourg en Sarre car elle poursuit une carrière un peu miteuse de chansonnettes françaises dans des cafés concerts en Allemagne. Lui à 44 ans, et pratiquement 20 ans de mariage au compteur, l’âge où le démon de midi vous guette au coin du bois. Leur liaison débute aussitôt, va durer jusqu’à la mort d’Offenbach qui lui donnera 2 enfants et en fera l’héroïne de pas moins de 13 de ses créations, comme dès 1863 Lischen et Fritzchen ou encore Le Roi Carotte, Les Brigands, succès qui lui vaudront le surnom de La Patti de l’opérette. 

Les rares photographies ne lui rendent pas vraiment hommage mais elle devait avoir un charme fou et Alphonse Daudet pût écrire

Plus douce que le nénuphar

Dans l’eau claire, une aurore blanche

Baise ton pied de rose et ta hanche

Ivoirine, Ô Zulma Bouffar

En tous cas, très bonne année 2019 avec Offenbach et ses femmes et un de mes airs préférés de notre musicien :

La lettre de La Perichole Teresa Berganza, Michel Plasson au Capitole de Toulouse

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