La chronique de Roselyne Bachelot
Magazine
Vendredi 15 février 2019
3 min

La Querelle des Bouffons

Depuis longtemps, la musique a été un champ clos d’affrontements entre France et Italie auprès desquels les escapades clandestines de Luigi di Maio font figure de bluettes.

La Querelle des Bouffons
Rousseau et Rameau, adversaires en musique

La querelle

Tout avait bien commencé pourtant avec Mazarin, véritable importateur en France de l’Opéra. Il crée l’Académie royale de musique ancêtre de l’Opéra de Paris et pour inaugurer la Salle des Machines au Palais des Tuileries et fêter le mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne, on donne – en italien naturalmente -Ercole amante de Francesco Cavalli en 1662. 

La Querelle des Bouffons
La Querelle des Bouffons, © LnPear

Pour rappel : une œuvre donnée à l’Opéra-Comique du 4 au 12 novembre 2019 !

Le roi y danse, le succès n’est guère au rendez-vous mais l’affaire est entendue : l’opéra est bien un art italien qui se chante exclusivement en italien et la plupart des musiciens européens ne composent que sur des livrets italiens.

Bien entendu, les français – toujours arrogants par nature - ne l’entendent pas de cette oreille et de grands artistes composent sur des livrets français, Jean-Baptiste Lully, Jean-Philippe Rameau ou André Campra. Certes, il y bien quelques débats sur la légitimité à chanter l’opéra en français, mais rien de bien sérieux.

La serva padrona de Pergolese 

Avec la La serva padrona de Pergolese par la troupe italienne d’un certain Eustacchio Bambini, le feu est mis au poudre dans la très compassée Académie Royale de musique en 1752. Tant qu’il s’agissait de jouer dans la vénérable institution de l’opéra séria sur les livrets d’un Metastase par exemple, tutto va bene…

Les parisiens découvrent alors l’opera buffa, l’opéra bouffe qui renouvèle complétement le genre. Ce ne sont plus des rois et des princesses qui sont sur scène mais des paysans qui se livrent à toutes sortes de gaudrioles et de bouffonneries. 

Querelle des Bouffons

Vont alors se dresser deux clans dans cette guerre baptisée la Querelle des Bouffons ou la Guerre des Coins, Le Coin du Roi avec Jean-Philippe Rameau et les défenseurs de l’opéra français, de l’autre, le Coin de la reine, clan qui ne goûte que l’italien autour de Jean-Jacques Rousseau lequel va faire paraître un pamphlet sanglant en 1753 Lettres sur la musique française. 

Une critique politique d’actualité

Cri de rancœur d’un musicien somme toute médiocre peut-être. Les arguments esthétiques avancés par Jean-Jacques pour défendre Pergolese sont contestables. Dire par exemple qu’il n’y a ni mesure ni méthode dans la musique française ou que peu de musiciens français sont en état de saisir les beautés de La serva padrona relève d’un procès sans nuances.

Beaucoup plus intéressante est la critique politique qu’il fait à cette occasion et qui garde toute son actualité. 

Dans les anciens temps, où la persuasion tenait lieu de force publique, l'éloquence était nécessaire. A quoi servirait-elle aujourd'hui, que la force publique supplée à la persuasion ? L'on n'a besoin ni d'art ni de figure pour dire, "tel est mon plaisir". Quels discours restent donc à faire au peuple assemblé ? des sermons. Et qu'importe à ceux qui les font de persuader le peuple, puisque ce n'est pas lui qui nomme aux bénéfices ? Les langues populaires nous sont devenues aussi parfaitement inutiles que l'éloquence. Les sociétés ont pris leur dernière forme : on n'y change plus rien qu'avec du canon et des écus. 

Sous couleur d’esthétisme, Jean-Jacques Rousseau attaque l’entre-soi élitiste d’une cour que la guillotine attend et défend l’exigence d’un art populaire dont il donne le bénéfice aux italiens. 

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