Vendredi 18 janvier 2019
3 min

Mélodie française

La semaine dernière, Roselyne Bachelot nous parlait de Michel Houellebecq, poète et parolier. Finalement, nous rejoignions alors une grande tradition, celle de la mélodie française ?

Mélodie française
Légende : Les Virtuoses : un spectacle mêlant les plus grands airs de la musique classique avec des clowneries et de la poésie, © Jérôme Pouille

Les "Nuits d’été" de Karine Deshayes

Dimanche dernier, Karine Deshayes chantait à la Philharmonie un programme baptisé _Nuits d’été_.

Notre merveilleuse mezzo allie ce qui fait la structure de la mélodie française : une musicalité sans effet de voix et une diction parfaite que je vous recommande dans son interprétation sur CD de La Bonne chanson dans la version piano et quintette à cordes. 

Le lied allemand précurseur de la mélodie française

Bien entendu, le lied allemand a précédé de quasiment un siècle la mélodie française dont on peut créditer la paternité à Berlioz d’abord pour ses 9 Mélodies irlandaises et surtout pour les fameuses Nuits d’été. 

Deux approches des musiciens de la mélodie française

Mais je n’ignore pas non plus que Saint-Saëns me taclerait sévèrement lui qui attribuait clairement la paternité de ce genre musical à Gounod précisément parce qu’il y voyait une démarche moins démonstrative, plus subtile que celle de Berlioz. 

Ces deux approches se retrouvent peu ou prou chez tous les musiciens de la mélodie française, un effet de mise en scène avec des effets de contraste chez Berlioz et une atmosphère plus rêveuse plus univoque chez Gounod. Je ne trancherai pas ce débat et dans ces temps où la filiation est revisitée, disons que la mélodie française a eu deux papas

Gounod, le premier à revisiter des poèmes

Reconnaissons toutefois à Gounod d’avoir été le premier à revisiter des poèmes du XVI° siècle comme dans Heureux sera le jour de Ronsard, ouvrant un chemin où nous retrouverons Reynaldo Hahn et Théophile de Viau par exemple dans A Chloris

Un genre décrié 

Longtemps et sottement le genre a été décrié, présenté comme un art de salon assuré par des chanteurs sur le retour. 

En fait, il n’en est rien. La mélodie française doit correspondre à plusieurs caractéristiques, d’abord être composée sur un texte poétique qui a été imaginé uniquement sur la prosodie parlée, donc des diseurs et des chanteurs. 

Le respect d'une prosodie

C’est de là que vient la difficulté : il faut en musique respecter cette prosodie en évitant toute facilité d’ornementation et puis respecter la structure du texte scrupuleusement, pas de répétition d’un refrain par exemple. 

Dans la mélodie française, et c’est peut-être ce qui la différencie du lied, la musique est entièrement au service de la poésie et ne prend jamais le pas sur elle. 

Je ne rentrerai pas évidemment dans le débat sur les muets parfaitement analysés par Wladimir Jankelevitch dont les écrits restent la référence en ce domaine comme dans tant d’autres. 

Un âge d'or au milieu du XIX° siècle

La mélodie française vit donc son âge d’or en ce milieu du XIX° siècle et va connaitre trente ans après une nouvelle jeunesse avec Duparc et Fauré

Nous retrouverons là deux conceptions de la mélodie et j’aime la façon presque chafouine dont Fauré introduit la voix en catimini. 

C’est chez Duparc qu’on va retrouver des élans dramatiques, certains ont dit wagnériens, comme dans 

La vie antérieure sur un texte de Charles Baudelaire. Cette renaissance de la mélodie française a été parfaitement analysée dans un texte de Romain Rolland qui fait comme Jankelevitch référence. 

Deux écoles

Tous nos mélodistes se retrouvent dans ces deux écoles, j’aurai pu choisir Berlioz, Le Spectre de la rose de Théophile Gautier par l’insurpassable Régine Crespin, mon idole, mais j’ai choisi l’inusable Les Berceaux, texte de Sully Prudhomme, chanté par le maestro absolu de la mélodie française, le baryton avec la fameuse structure en arche, la partie centrale enserrée par le thème initial répété. 

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