Vendredi 12 avril 2019
3 min

Vendredi épistolaire

Tel Boris Vian dans le Déserteur, Roselyne Bachelot vous adresse une lettre...

Vendredi épistolaire
Roselyne Bachelot a un message pour vous..., © DR

Manon de Jules Massenet

C'est en écoutant samedi dernier Manon de Massenet au Théâtre des Champs Elysées, dans une version de concert fort réussie ma foi, que Roselyne Bachelot pensait qu’à l’heure des SMS et d’Internet, que l’opéra nous rappelle qu’il n’y a rien de plus raffiné que de communiquer par voie épistolaire. 

Rappelez-vous, le jeune Des Grieux est tombé amoureux de la volage Manon, veut l’épouser et écrit à son père pour annoncer sa décision. On se doute que cela ne va pas ravir le vieux comte mais l’amour l’emporte sur toutes les considérations sociales.

Si cette missive est purement informative, il en est de plus complexes, de plus cruelles, de plus machiavéliques.

La lettre, ou plutôt les lettres, ce sont celles de Werther que Charlotte, mariée par devoir à un autre, relit, éperdue d’un amour impossible : je vous écris de ma petite chambre, un ciel gris et lourd de décembre pèse sur moi comme un linceul et il lui annonce en termes à peine voilés son suicide. Et c’est une nouvelle lettre de Werther qui va demander à Albert, le mari de Charlotte, de lui prêter ses pistolets. Albert, jaloux, se fait alors froidement le complice de ce suicide : Donnez-les lui...

Violetta, la Traviata

Une autre lettre de renoncement absolu, c’est celle de Violetta, la Traviata, quand Germont, le père d’Alfredo la convainc de renoncer à lui et lui enjoint de lui dire qu’elle ne l’aime plus : _Alfredo, quand cette lettre vous atteindra…_Oui, la lettre l’atteint dans tous les sens du terme.

Les missives peuvent aussi être les instruments d’intrigues et de quiproquos parfois savoureux, parfois délétères. 

Le Barbier de Séville

Les billets sont un des moteurs de l’intrigue dans le Barbier de Séville. 

Pour tromper le vieux barbon et avec l’entregent de Figaro, Almaviva et Rosine redoublent de stratagèmes épistolaires. C’est la feuille que Rosine laisse tomber du balcon en faisant croire à son tuteur que c’est un air d’opéra alors qu’elle y supplie qu’on la tire de ses griffes ; Almaviva qui a ramassé le billet se déguise en soldat Lindoro pour s’introduire dans la maison et Rosine  lui écrire une lettre d’amour : Una voce poco fa et quand Figaro lui demande d’écrire une lettre pour un jeune homme très bien, celle-ci est donc toute prête. Et le jeu des lettres va continuer, Bartolo pour détourner Rosine de Lindoro lui montre un faux billet qui le décrit comme à la solde d’Almaviva sans se douter qu’ils ne font qu’un !

Les Noces de Figaro

Mozart dans les noces de Figaro continuera le jeu des lettres. C’est une missive anonyme écrite par Figaro qui fait rentrer le comte de la chasse pour surprendre son épouse prétendument infidèle et nous assistons alors à l’incroyable chassé-croisé entre Suzanne et Chérubin : les portes claquent : on croit traquer Chérubin et on trouve Suzanne dans le placard.

Adrienne Lecouvreur

Parfois, ce jeu de manipulation par lettres interposées peut avoir une issue tragique et on pense à Adrienne Lecouvreur, amoureuse d’un soldat dont elle ignore qu’il est le duc de Saxe. Je n’essaierai pas de vous résumer une intrigue horriblement compliquée mais un billet intercepté sera à l’origine de la mort d’Adrienne empoisonné d’un bouquet de violettes par sa rivale, la princesse de Bouillon…

Offenbach : bicentenaire de sa naissance

Dans cette année marquée par le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, bien naturellement, Roselyne Bachelot ne peut que terminer par la fameuse lettre que la Périchole, pour suivre le vice-roi du Pérou écrit à son chéri Piquillo, un monument d’hypocrisie vénale Oh, mon cher amant, je te jure que je t’aime de tout mon cœur, le sommet étant atteint quand elle lui assure qu’il peut compter sur sa vertu ! Et comment donc

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