Vendredi 3 mai 2019
3 min

Das Deutschlandlied

Le président de la République était en déplacement à Berlin en début de semaine et nul doute qu’aura résonné à ses oreilles l’hymne allemand composé par Hoffmann von Fallersleben sur une mélodie composée par Joseph Haydn, en fait le 2ème mouvement de son 3ème quatuor à cordes Opus 76.

Das Deutschlandlied
Das Deutschlandlied : Le Chant de l'Allemagne, © Arne Müseler

Das Deutschlandlied : Le Chant de l'Allemagne

L’histoire de cet hymne est passionnante tant il a suscité de controverses et ainsi suivi l’histoire de l’Allemagne. 

Au départ, Haydn le compose en 1791 comme un hymne à l’empereur François II du Saint-Empire, Dieu sauve l’Empereur François sur le mode de ce qu’il avait fait pour le souverain britannique avec le God save the King. 

Les guerres napoléoniennes, l’effondrement de l’Empire et le morcellement du territoire allemand vont susciter un sentiment nationaliste, pangermaniste étayé par un esprit de revanche et une aspiration à la liberté.

Composition de Hoffmann

C’est en 1841 que Hoffmann écrit Das lied der Deutschen, le Chant des Allemands qui va être un énorme succès décrivant parfaitement les aspirations nationales et libérales des allemands en cette première partie du XIX° siècle comme partout en Europe.

Le premier vers de ce poème va être l’objet d’un contresens récurrent puisque la phrase fameuse Deutschland über alles, l’Allemagne par-dessus tout va être comprise comme une volonté d’hégémonie alors qu’elle signifie que la nation allemande doit être la préoccupation souveraine des citoyens allemands. 

En tous cas, Hoffmann va payer cher cet appel puisque le gouvernement prussien le chasse de sa chaire de professeur, le prive de sa citoyenneté et l’exile. Au passage, je ne résiste pas à lire ce que cette icône vénérée par tant d’allemands disait de nous : race damnée des Français, ces monstres de l’humanité, ces chiens fous, cette grande nation de l’infamie et de la bassesse…

Bismarck fonde le II° Reich

En 1871, revanche enfin prise sur la France, Bismarck réalise le rêve pan-germanique et libéral de Hoffmann et fonde le II° Reich sous hégémonie prussienne. 

Le Chant des Allemands n’est pas encore l’hymne national mais il est déjà un chant patriotique chanté en toutes occasions.

1918 et l'écrasement de l'Allemagne

Patatras, la défaite de 1918 va rejouer le même scénario : écrasement de l’Allemagne, sanctions sanglantes et susciter les mêmes dérives populistes, nationalistes et finalement fascistes. La République de Weimar va voir monter impuissante le parti nazi et le premier couplet va devenir le chant de ralliement des hitlériens avec une volonté hégémonique clairement affichée de domination du monde avant de devenir l’hymne national de l’Allemagne hitlérienne.

Après 1945...

Après la défaite de 1945, l’Allemagne déchue sera privée d’hymne et de drapeau, mais les Alliés réalisent que face à l’URSS, il leur faut une Allemagne forte. Adenauer veut retrouver le poème de Hoffmann ; le président Theodor Heuss n’en veut pas. Ils vont d’entendre en 195 et, seul le pacifique 3ème couplet sera l’hymne de la république fédérale, puis de l’Allemagne réunifiée.

Cette histoire compliquée a été à l’origine d’une multitude d’incidents diplomatiques, le moindre n’ayant pas été lors de la célébration du 11 novembre 2009, l’hymne allemand avait été malencontreusement titré sur le programme Deutschland über alles. Scandale assuré ! Allez, sur une mélodie composée par Haydn, on oublie et on écoute le chant national de l’Allemagne démocratique

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