La chronique de Roselyne Bachelot
Magazine
Vendredi 1 février 2019
3 min

Une femme de l'ombre : Irène Kudela

Roselyne Bachelot s'intéresse ce matin à Irène Kudela ; véritable star multi-facettes dans le monde de l’opéra, pourtant méconnue des amateurs les plus férus de lyrique...

Une femme de l'ombre : Irène Kudela
Irène Kudela donnant une masterclass sur le répertoire slave, © Festival Vino Voce 2016

De Klaus Florian Vogt à Irène Kudela

Il y a quelques jours, Roselyne Bachelot interviewait, pour la revue ForumOpera, le heldentenor allemand Klaus Florian Vogt qui tient le rôle du Prince dans la reprise de Rusalka de Dvorák dont la première a eu lieu mardi soir à l’Opéra de Paris. 

Question classique :

Comment avait-il travaillé dans la langue tchèque particulièrement difficile et dont il ne comprend pas un traître mot...

La réponse a fusé...

Je travaille avec la meilleure coach du monde en ce domaine, Irène Kudela et c’est elle aussi qui m’a fait travailler quand j’ai chanté le rôle à Munich. 

Cela n'a pas manqué de rappeler à Roselyne Bachelot une anecdote drolatique contée par le baryton Jean-Philippe Lafont qui avait travaillé avec Irène Kudela le rôle du garde-chasse dans La petite renarde rusée pour l’Opéra de Chicago

A la fin de la représentation, deux tchèques sont venus le féliciter en lui parlant dans cette langue, persuadés que c’était un compatriote ! 

Qui est Irène Kudela ?

Irène est née dans une famille polyglotte et parle pas moins de sept langues. Elle a fait ses études au CNSM de Paris où elle a remporté les premiers prix d’accompagnement musical et de musique de chambre. On ne compte plus les fonctions assurées par Irène appelée sollicitée par toutes les grandes maisons d’opéra et les festivals les plus prestigieux comme Salzbourg, Aix en Provence ou Glyndebourne

Les chefs d’orchestre se l’arrachent. Après avoir été l’assistante de Rostropovitch, Boulez la veut à ses côtés et bien d’autres à sa suite. Il faut dire que dans l’immense répertoire tchèque et russe dont elle est spécialiste, la direction d’orchestre est particulièrement complexe car les traductions ne peuvent transcrire la syllabation d’autant que si le livret est traduit, les didascalies ne le sont pas. 

Le rôle d’un coach est donc particulièrement important pour le chef d’orchestre mais aussi pour le metteur en scène.

Mais là ou l’imperium d’Irène Kudela est majeur, c’est bien pour l’apprentissage d’un rôle pour un chanteur. Elle le fait d’une manière particulièrement subtile et ne tente pas de couler l’artiste dans un moule préétabli. Au contraire, elle s’adapte à sa personnalité, lui donne confiance car beaucoup sont terrorisés d’affronter quelque chose d’aussi dur. 

Klaus Florian Vogt se confiait à Roselyne Bachelot :

On croit qu’on sait la première page, on passe à la deuxième, on revient à la première et on a tout oublié ! Aussi, Irène Kudela fait appel à toutes les sensations, images, parfums et même danse tant le tchèque est une langue rythmique.

Accompagnatrice dans les récitals, claveciniste dans les opéras de Mozart, pianiste concertiste, cheffe de chœur, conseillère artistique, elle enseigne dans de nombreuses masterclass et on ne compte plus ses élèves qui lui vouent une véritable vénération. 

Toute la jeune génération des chanteurs français travaille avec elle : de Florian Sempey à Stanislas de Barbeyrac en passant par Cyrille Dubois, Marianne Crebassa ou Marie-Adeline Henry.

Derrière les stars de nos scènes d’opéra, il y a d’immenses artistes comme Irène Kudela sans qui ils et elles ne seraient pas ce qu’ils sont...

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