Samedi 31 août 2019
3 min

L'opéra Iphigénie : 'Il n’y a qu’un beau morceau, c’est l’opéra tout entier !' (Abbé Arnaud)

Roselyne Bachelot nous parle de l'opéra Iphigénie en Tauride de C.W. Glück engegistré au Théâtre des Champs Elysées samedi 22 juin 2019, avec Gaëlle Arquez dans le rôle d'Iphigénie et Stéphane Degout en Oreste !

L'opéra Iphigénie : 'Il n’y a qu’un beau morceau, c’est l’opéra tout entier !' (Abbé Arnaud)
Gaëlle Arquez, dans le rôle d'Iphigénie au Théâtre des Champs-Elysées , © Vincent Pontet

Certains amateurs de jeu de mots se sont demandés après un été caniculaire, s’il ne convenait pas de modifier l’orthographe du titre de l’opéra de Glück pour cet Iphigénie décidément torride. Nous allons nous régaler ce soir dans la production présentée par le Théâtre des Champs-Elysées et dans une mise en scène très noire de Robert Carsen.

On connait l’histoire archétypale dans l’Antiquité du père sommé par les dieux de sacrifier son enfant pour s’acquérir les faveurs divines. Euripide fut le premier à raconter l’histoire d’Agamemnon sacrifiant sa fille Iphigénie pour complaire à Artémis et gagner ainsi la guerre de Troie. Les romans, pièces de théâtre, opéras, films sur ce thème sont nombreux et donne lieu à des variantes plus ou moins sanglantes qu’on peut résumer ainsi : soit Iphigénie est bel et bien sacrifiée, ce qui est le fil conducteur préalable de l’Elektra de Richard Strauss, soit par divers subterfuges, interventions divines ou substitutions, elle est sauvée ce qui est le cas dans l’opéra de ce soir. D’Euripide à Cacoyanis, en passant par Racine et Goethe, nos auteurs s’en sont donnés à cœur joie.

Pour ce qui concerne le cher Christoph Willibald Glück, il nous a fait sur le thème deux opéras Iphigénie en Aulide, en 1774, moins connu et moins joué, même s’il rencontrait les faveurs de Richard Wagner et que la version conduite par John Eliot Gardiner avec l’Opéra de Lyon lui a redonné un coup de jeune. Mais c’est le second opéra, Iphigénie en Tauride qui tient la vedette sur toutes les scènes lyriques du monde avec des productions mythiques comme celle de la Scala dans la version italienne écrite par Lorenzo da Ponte en 1957 avec la mise en scène de Luchino Visconti et Callas dans le rôle-titre.

Comme souvent, la création de l’œuvre fut à l’origine d’une de ces bagarres délicieuses dont raffole le mundillo lyrique. Un dénommé Dubreuil avait composé un livret sur le thème et l’avait proposé à Glück mais celui-ci avait déjà pris langue avec un autre écrivain Nicolas- François Guillard. Furieux, Dubreuil confia son œuvre au rival de Glück, Piccinni qui exigea de Devismes, le patron de l’Académie Royale de Musique qu’elle fut jouée la première. Mais Glück avait pris plusieurs longueurs d’avance, les répétitions commencèrent et tout était prêt pour la première le 18 mai 1779. La reine Marie-Antoinette, fan absolue du musicien, fut conduite à sa loge par la direction de l’opéra qui portait des flambeaux. Avouez que cela avait une certaine allure ! le succès fut immédiat, agrémenté de quelques polémiques qui assurèrent un succès durable à cette Iphigénie. Glück se laissa faire pour ajouter, à la demande du public, un ballet final dont la musique fut composée par Gossec et qui est heureusement tombé dans les oubliettes…

Donc ce soir, pas de ballet ! mais une sublime musique avec des morceaux inoubliables en se rappelant la phrase de l’abbé Arnaud : Il n’y a qu’un beau morceau, c’est l’opéra tout entier ! Un trio de chanteurs français domine la distribution, Gaëlle Arquez, Iphigénie, dans une prise de rôle absolument réussie, Stéphane Degout qui campe un Oreste halluciné et Alexandre Duhamel impressionnant dans le rôle de Thoas. Attention, dans les premières publications, les deux rôles sont attribués à des basses, il s’agit en fait de basses-tailles donc des barytons-basses, les deux personnages sont donc parfaitement distribués.

Cet opéra est à écouter ce soir sur France Musique à 20h.

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