Samedi 29 février 2020
3 min

Parsifal de Richard Wagner

Opéra enregistré dimanche 26 janvier 2020 au Théâtre du Capitole à Toulouse sous la direction de Frank Beerman et dans une mise en scène d’Aurélien Bory. .

Parsifal de Richard Wagner
Richard Wanger, 1868 , © Getty / Mondadori

"Christophe Ghristi, le directuer du Théâtre du Capitole de Toulouse a pris un sacré risque en décidant de monter l’œuvre mythique de Richard Wagner qui n’avait pas été donnée sur la scène occitane depuis 1960. Il a réussi son pari au-delà de toutes les espérances et l’ensemble des critiques a salué une production exceptionnelle. Si la mise en scène d’Aurélien Bory a parfois dérouté celles et ceux qui ne jurent que par des reconstitutions moyenâgeuses et chevaleresques, elle s’accordait parfaitement avec la direction très épurée du chef Frank Beerman qu’on voit trop peu d’ailleurs en France. 

Ce spécialiste des deux « Richard », Strauss et Wagner a réfuté tout « zim boum boum », tout effet grandiloquent pour un parti pris de simplicité qui rend toute l’ampleur poétique de l’œuvre. Il a été parfaitement suivi par un Orchestre du Capitole, transporté par l’émotion et par la phalange des chœurs, Chœur du Capitole, Maîtrise et chœur de l’Opéra National Montpellier Occitanie.

Parsifal est un vaisseau amiral sans équivalent dans le répertoire lyrique, sa composition a occupé 25 ans de la vie de Wagner, livret et partition. Tiré entre autres d’une épopée médiévale, Parzival de Wolfram von Eschenbach, c’est un parcours initiatique et sotériologique de rédemption qui rachète l’humanité de ses fautes. Ce parcours peut durer selon le tempo décidé par le chef d’orchestre entre 4 et 5 heures. C’est pour Parsifal que Wagner fit construire le Festpielhaus de Bayreuth  où il fut donné la première en 1882 sous la baguette d’Hermann Levi. Il était d’ailleurs convenu que Bayreuth en avait le monopole jusqu’en 1914 et la tradition voulait que les spectateurs n’applaudissent pas à la fin, de la même façon que l’on applaudit pas à la fin d’un office religieux !

Le Parsifal diffusé dans la Soirée Opéra d'aujourd'hui est servi par une distribution de légende à la hauteur d’une composition terriblement éprouvante pour les chanteurs. Ne voyez aucun féminisme débridé dans ma mise ne exergue de Sophie Koch qui campe une Kundry idéale. Catherine Jordy dans ForumOpéra la qualifie à raison d’époustouflante. Elle donne de ce rôle une version empreinte d’ampleur et de noblesse, très loin des Kundry vulgaires et vociférantes qu’on nous impose souvent. Certains puristes préféreront les cris de Martha Mödl mais ceux de Sophie Koch méritent de renter au panthéon wagnérien. On ne sait ce qu’il y a de mieux entre les graves, les aigus et le médium : tout est impressionnant en particulier dans le redoutable deuxième acte. 

Tout le reste de la distribution est dans la même veine. Le ténor autrichien Nikolaï Schukoff, routier expérimenté du rôle de Parsifal, le tient avec une clarté et une projection exemplaire. Pour vous donner une petite idée de la difficulté extrême de l’interprétation, le fameux Amfortas, die Wünde (Acte II) et c’est Jonas Kaufmann qui l’affronte :

Tout le reste du casting est à l’avenant : Matthias Goërne campe un Amfortas, pécheur impardonné, déchirant dans les mythiques Erbarmen, Erbarmen, Pitié, Pitié, la basse Peter Rose arrive à faire oublier les longueurs des airs de Gurnemanz et Pierre-Yves Pruvost donne une dimension à la fois noire et juvénile à Klingsor, qui tranche avec les Klingsor classiques et qui rend de façon originale sa perversité maléfique.

Il n’est pas étonnant que à la fin de ces représentations hypnotiques du Capitole, la plupart des spectateurs étaient en larmes. Et puisqu’il faut rester dans la légende, je vous quitte sur le chœur des Chevaliers du Graal à Bayreuth en 1958."

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