Samedi 28 septembre 2019
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Est-il vrai que Jacques Chirac n’aimait pas la musique ?

C’est une légende tenace montée de toutes pièces par Jacques Chirac lui-même. En effet, il créa à l’Assemblée nationale où il fut élu pour la première fois en 1967 un club d’amateurs de la musique militaire !

Est-il vrai que Jacques Chirac n’aimait pas la musique ?
VENICE, ITALY - APRIL 24: Jacques Chirac arrives on a boat at hotel Cipriani before attending the wedding of Salma Hayek and Francois-Henri Pinault on April 24, 2009., © Getty / Luca Ghidoni/FilmMagic

C’est une légende tenace mais qui fut montée de toutes pièces par Jacques Chirac lui-même. Il créa même à l’Assemblée nationale où il fut élu pour la première fois en 1967 un club d’amateurs de la musique militaire, qui est à la musique, comme chacun le sait, ce que la justice militaire est à la justice. 

En fait, de la même façon qu’il cacha pendant des décennies son extraordinaire connaissance des arts premiers et de la culture chinoise et japonaise, cet énarque patricien avait fait le diagnostic que la révélation de penchants culturels jugés par lui trop élitistes serait orthogonale avec l’image qu’il construisait : un élu du terroir, un corrézien amateur de tête de veau et incollable sur les races bovines. Il faut dire que certaines musiques d’accompagnement de ses meetings accréditent cette image d’un politique version beauf et nous préférons éviter aux oreilles mélomanes de France Musique une écoute qui confine à l’épreuve…

Comme toujours avec Chirac dont on disait qu’il glissait ses recueils de poèmes japonais dans des revues pornographiques, la réalité est bien plus complexe et comme pour le reste, le corrézien cacha bien son jeu. Certes, contrairement à son épouse qui fréquentait assidûment Bastille et le festival d’Aix, il n’eut jamais de passion pour l’opéra. 

Mais cet homme de culture qui jouait volontiers les bouseux pour provoquer les cuistres, alors premier ministre, se fendit en juillet 1976, d’une interview où il indiquait les missions qu’il fixait à l’Opéra de Paris. Depuis 40 ans, je n’ai pas souvenir qu’un premier ministre ne se soit exprimé de façon aussi claire sur ce sujet. Revenu à Matignon, il défendit bec et ongles le projet de construction de l’Opéra Bastille qu’Edouard Balladur, alors ministre des finances, voulait abandonner. Lisez le livre de Jean-Philippe Saint-Geours et Christophe Tardieu sur les secrets de l’opéra et vous dégusterez l’incroyable dialogue où avec l’appui de Raymond Soubie, l’actuel président du Théâtre des Champs-Elysées, Chirac fit mettre genou à terre au tout puissant argentier de la république. Surtout, il commanda à Marcel Landowski une mission qui jeta les bases de la loi de janvier 1988 pour un véritable enseignement artistique à l’école.

Le rapport reste d’une brûlante actualité : A l’heure où dans notre pays se multiplient les dérives de type communautaire pour ne pas dire tribal et où l’intégration républicaine cherche sa voie, il serait absurde et dangereux de négliger la fraternité née d’une musique que l’on joue ensemble d’une pièce ou d’unopéra monté par toute une classe, de l’émotion partagée lors de la rencontre avec une œuvre d’art.

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