Samedi 22 février 2020
3 min

La damnation de Faust : comment un bide se transforme en triomphe !

La Damnation de Faust d’Hector Berlioz donnée à la Philharmonie de Paris le 15 janvier 2020 sous la direction de Tugan Sokhiev avec le ténor Paul Groves, la mezzo-soprano Karine Deshayes, le baryton-basse Paul Gay et Renaud Delaigue, basse..

La damnation de Faust : comment un bide se transforme en triomphe !
Hector Berlioz, © Getty / Time Life Pictures

La première eu lieu à l’Opera Comique le 6 décembre 1846 et c’est peu de dire qu’elle ne rencontra pas son public, ce fut même un bide historique, même si les représentations données par la suite en Russie, en Allemagne ou à Londres furent appréciées. Cet échec retentissant causa la ruine de Berlioz et de son vivant, les deux représentations des 6 et 20 décembre 1846 furent les seules en France.

En fait, la cause en est toute simple et on comprend que le public ait été désarçonné : la Damnation n’est pas un opéra, désolée ! Comment le qualifier alors ? Le terme d’oratorio est sans doute ce qui le définit le mieux, à la rigueur poème symphonique, ou encore « légende dramatique », définition qui est d’ailleurs le sous-titre du livret. Au départ, dans les années 1820, Berlioz lui-même ne sait pas trop quoi faire de ce matériau exceptionnel qu’est l’œuvre de Goethe, traduite par Gérard de Nerval. Il pense d’abord en faire un ballet, puis un poème en musique en 8 scènes qu’il publie à compte d’auteur en 1828. 

Il abandonne l’affaire pendant près de 15 ans, puis il va se remettre à l’ouvrage et recycler en partie quelques unes de ces 8 scènes dans l’œuvre définitive La Damnation de Faust en appelant à la rescousse un librettiste au doux nom d’Almire Gandonnière qui fit ainsi un passage éclair dans le monde lyrique.

Cela donne une œuvre qui peut apparaître disparate et même décousue avec une succession de morceaux sans réelle cohérence entre eux. Ainsi dans la première partie, la rêverie de Faust enchaîne une Ronde des paysans puis la fameuse marche des soldats, la célébrissime marche de Rakoczy. Dans la taverne d’Auerbach où l’entraîne Méphistophélès, se succèdent une vraie série de tubes, chanson du rat, chanson de la puce, un ballet, un « voici des roses » pont-aux-ânes de tout baryton bien né, chaque tessiture à son moment de gloire… Tout cela donne une œuvre absolument géniale mais qui a été le golgotha de dizaines de metteurs en scène depuis 1893, où Raoul Gunsbourg le porta sur la scène de l’Opéra de Monte-Carlo. La dernière expérience à l’Opéra de Paris d’Alvis Hermanis copieusement hué à chaque représentation n’a pas fait exception à la malédiction !

La Damnation de Faust est à écouter ce soir sur France Musique ! 

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