Samedi 16 novembre 2019
3 min

Guillaume Tell de Gioachino Rossini

Guillaume Tell de Gioachino Rossini
Portrait du compositeur Gioachino Rossini, © Getty / Fine Art Images/Heritage Images

Faut-il présenter le dernier opéra de Rossini créé le 3 aout 1829 tant la mythique et tonitruante ouverture a illustré de films tels Orange mécanique, de bandes dessinées ou de publicité ? Oui pourtant car on peut quasiment parler d’opéra maudit à propos de cette œuvre majeure. 

Œuvre majeure donc puisque le musicien est un précurseur qui n’hésite pas à prendre tous les risques en quittant l’écriture ornée qui a fait son succès. Il ouvre une nouvelle page lyrique, celle du grand opéra à la française, sur deux thèmes qui vont le structurer, l’amour de la nature et le patriotisme et choisit une œuvre éminemment romantique, le Guillaume Tell de Friedrich von Schiller avec un livret écrit à plusieurs mains conduites par Victor-Etienne de Jouy. 

Comment expliquer alors le relatif insuccès de cette œuvre lors de sa création à l’Opéra de Paris et ses trop rares apparitions sur nos scènes ? On peut comprendre que la démarche innovante de Rossini ait au départ dérouté le public mais celui-ci s’est vite rattrapé et jusqu’en 1932, il l’a acclamé 911 fois dans la maison que Verdi appelait « la grande boutique ». 

Incompréhensible donc que la rareté de ses apparitions. La production de 2003 faisait suite à 71 ans d’absence de notre première scène nationale et même au festival Rossini de Pesaro, les représentations sont exceptionnelles. On a beaucoup glosé sur la longueur de l’œuvre et il est vrai que donnée in in integro avec les entractes comme à Pesaro en 1990, on atteint facilement les 6 heures ! D’ailleurs, Rossini en dirigeant les répétitions avait lancé aux musiciens : Messieurs, il n’y a pas une minute à perdre ! et à une admiratrice qui lui racontait avoir assisté au deuxième acte à l’Opera Comique, le maestro aurait rétorqué : Vraiment, tout le deuxième acte ?! Toutefois l’explication de la longueur n’est pas recevable car bien des opéras moins populaires sont de la même durée. Plus compréhensible est de relever la nécessité d’un casting terriblement exigeant. On a même qualifié le rôle d’Arnold de tombeau des ténors et c’est au propos du fameux Asile héréditaire que Gilbert Duprez créa le fameux contre-ut de poitrine en 1831. 

Saluons donc le bonheur de cette production lyonnaise après celle très réussie également des Chorégies d’Orange.

Sous la baguette de Daniele Rustioni, le casting est international mais phrase parfaitement le français. Dans le rôle-titre, on trouve le sicilien Nicola Alaimo qui survole le personnage depuis plusieurs années, John Osborn nous envoie Asile héréditaire magnifiquement et Jane Archibald dans Mathilde fait un triomphe dans les tubes qui lui reviennent de Sombre forêt à Pour notre amour plus d’espérance. A noter, le chœur –personnage à part entière de l’œuvre- de l’Opéra de Lyon est au top et les autres rôles –même secondaires- parfaitement tenus.

L'équipe de l'émission :