Samedi 14 mars 2020
3 min

Le Vaisseau fantôme au Metropolitan Opera de New York

Le Vaisseau fantôme de Wagner, donné le 10 mars au Metropolitan Opera de New York et diffusé samedi 13 mars dans la soirée opéra de Judith Chaine.

Le Vaisseau fantôme au Metropolitan Opera de New York
Richard Wagner, vers 1868 , © Getty

C’est Valery Gergiev qui dirige ce soir cet opéra en direct du Metropolitan Opera de New York. Les trois rôles principaux sont tenus par des wagnériens de haute volée : la basse allemande Franz-Joseph Selig est Daland le marchand norvégien, c’est d’ailleurs le rôle dans lequel il a fait ses débuts à l’Opéra de Paris en 2002 et pour lequel il fut invité pour la première fois à Bayreuth en 2011. Le Hollandais maudit n’est autre qu’Evgueny Nikitin, baryton-basse habitué du rôle et la rêveuse Senta est Anja Kampe, qui assure le personnage sur toutes les scènes du monde, trois bayreuthiens confirmés, c’est ici un label.

C’est une œuvre mythique mais longtemps décriée par les wagnériens intégristes. En effet Der Fliegende Holländer est le premier des dix grands opéras de Wagner créé au Hofoper de Dresde le 2 janvier 1843 juste après la trilogie de jeunesse du compositeur. Elle fut d’abord considérée comme une œuvre mineure, peu jouée à Bayreuth d’ailleurs, avant d’être réhabilitée. On y retrouve pourtant toutes les caractéristiques du musicien-librettiste : l’argument tiré d’une légende rapportée par Heinrich Heine, l’introduction du leitmotiv qui est l’immense innovation que Wagner apporte à l’opéra et qui caractérise un personnage ou un objet, le thème qui inaugure les obsessions artistiques du maître, le sort, la malédiction, la magie, l’errance interminable, le salut porté par l’héroïne, la rédemption finale qui ne trouvera son issue que dans la rupture ou la mort. 

Le Hollandais raconte le sort qui lui a été jeté et qui ne pourra être levé que par la fidélité d’une femme. Il chante le fameux Die Frist ist um : Le délai a couru, une fois de plus 7 ans se sont écoulés. Avec dépit, la mer me rejette à terre

Le vaisseau, c’est aussi une histoire qui parle de Wagner. Richard était criblé de dettes et il décide de se refaire « la cerise » à Paris. Il quitte Riga en cachette, embarque avec sa femme Minna sur un rafiot de commerce, subit une tempête monstrueuse qui oblige le bateau à s’abriter dans un fjord norvégien, c’est là qu’il entend le cri des marins qu’il reprendra plus tard. Il rejoint la France en septembre 1839, propose une œuvre à l’Opéra de Paris, s’installe à Meudon, commence à travailler à son livret et à composer quelques extraits musicaux. Le plan en est acheté par le directeur de l’Opéra Léon Pillet qui confie le livret au beau-frère de Victor Hugo Paul Foucher et la musique à Louis Dietsch. Il ne passera pas commande à Wagner qui retournera, dépité, en Allemagne.  Justice immanente, plus personne ne monte le Vaisseau fantôme de monsieur Dietsch, tombé dans un oubli quasi-total ! 

La fureur de la tempête a donc contraint le marchand Daland de mouiller dans un petit port loin de son village. Le hollandais qui vient d’accoster lui demande s’il a une fille et lui propose d’épouser celle-ci en échange du trésor qu’il transporte dans son navire.  Le Hollandais et Daland arrivent dans le village où Senta attend son père. Celle-ci est obsédée par le personnage du maudit et décide qu’elle le sauvera, malgré les objurgations de Erik son fiancé. Quand Le Hollandais et Senta seront l’un en face de l’autre, ils seront fascinés et se jureront un amour éternel. Mais Erik tente une dernière fois de ramener Senta vers lui, le Hollandais croit alors Senta infidèle, repart sur son bateau pour un nouveau cycle d’errance, Senta se jette dans la mer, le vaisseau fantôme sombre et les deux amants sont réunis dans la mort.

Le Vaisseau fantôme est à écouter ce soir dans la soirée opéra présentée par Judith Chaine.

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