Samedi 12 octobre 2019
3 min

Falstaff de Verdi

Un opéra enregistré le jeudi 19 juillet 2018 à 19h30 au Royal Opera House de Londres.

Falstaff de Verdi
Portrait de Giuseppe Verdi, en 1870, © Getty / Getty / De Agostini Picture Library

Falstaff, le dernier opéra de Verdi tiré des Joyeuses Commères de Windsor du grand Shakespeare.

On y retrouve le trio magique qui avait triomphé dans le Simon Boccanegra remanié et Otello puisqu’autour de Verdi on retrouve le librettiste Arrigo Boïto et dans le rôle-titre la quintessence du baryton verdien, le marseillais Victor Maurel. Il fut créé à la Scala de Milan le 9 janvier 1893 8 ans avant la mort du génial maestro. Sans aucune tristesse, c’est pour moi l’occasion de revenir sur cette décennie prodigieuse. 

Il faut dire que tout cela avait mal commencé quand Verdi s’était mis à la demande de Ricordi à composer Otello en 1884. Tout ce travail fut assez laborieux et quand le maestro s’installe au Gran Hotel de Milan le 4 janvier 1887, il fait régner la terreur sur les musiciens, y compris un jeune violoncelliste nommé Arturo Toscanini, les choristes, les machinistes et surtout les solistes. Les journalistes rôdent et font circuler le bruit que le Gran Vecchio est un homme fini qui ne peut plus que se plagier lui-même. Et c’est une tempête qui embrase la Scala le soir de la première el 5 février. L’ovation faite à Verdi est interminable, Boïto est blanc comme un linge quand Verdi va le chercher dans les coulisses. Les milanais portent la calèche du compositeur en triomphe. Au balcon de l’hôtel il contemple cette foule en redécouvrant l’amour incroyable que lui porte des compatriotes.

Il pourrait s’arrêter sur ce triomphe, il a 73 ans, a connu l’amour, la gloire et il peut mesurer quelle sera sa postérité. Mais il écrit au chef d’orchestre Franco Faccio cette lettre : En quittant le théâtre, les visages des musiciens me disaient Nous ne nous reverrons jamais plus ici, jamais plus comme un glas.

Allons encore un effort, d’autant que le maestro a un compte à régler et une revanche à prendre. Il n’oublie rien de surcroit quand on lui a manqué. Le directeur de la Scala de Milan lui avait commandé en 1840, au début de sa carrière, un opéra-bouffe Un giorno di regno. Giuseppe était alors dévasté par la mort de sa femme Margherita et l’expérience fut un désastre. De cela aussi, il faut effacer la cuisante humiliation. Boito le presse : il n’y a qu’un seul moyen de terminer votre carrière, mieux encore qu’avec Otello, c’est de la finir victorieusement avec Falstaff. Après avoir fait résonner les cris et les lamentations du cœur humain, finir par une immense explosion d’hilarité ! et de les ébahir !

Verdi n’a plus rien à prouver et il veut résolument s’amuser. Il compose une œuvre jubilatoire et précise aux chanteurs qu’il veut de l’allégresse, rien que de l’allégresse, surtout ne tombez pas dans le sentimental !

A 80 ans, le vieux nous offre un opéra Falstaff d’une ébouriffante modernité et d’une folle jeunesse comme un pied de nez à la mort. Il a voulu dompter la camarde de la Leonora du Trouvère au Libera me du Requiem, c’est avec Falstaff qu’il la domine puisque décidément Tutto nel mondo é burla, le monde entier est une farce.

A écouter sur France Musique le 12 octobre à 20h.

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