Samedi 11 janvier 2020
3 min

La chronique de Roselyne Bachelot du samedi 11 janvier 2020

Roselyne Bachelot nous parle de la nouvelle production du Wozzeck d'Alban Berg qui sera donné au Metropolitan Opera de New-York samedi 11 janvier sous la direction de Yannick Nézet-Seguin .

La chronique de Roselyne Bachelot du samedi 11 janvier 2020
Portrait d’Alban Berg , © Getty / De Agostini / A. Dagli Orti,

Wozzeck est une œuvre de rupture qui marque l’histoire de l’art lyrique. 

Quand il fut donné pour la première fois le 14 décembre 1925 au Staatsoper de Berlin, il rencontra tout de suite son public et depuis quasiment un siècle le succès ne s’est jamais démenti sur toutes les scènes du monde.

Judith Chaine nous emmène ce soir une fois de plus au Metropolitan Opera de New York où sous la baguette du québécois Yannick Nezet-Seguin, décidément l’étoile montante de la direction d’orchestre, se déploie une distribution à la hauteur de la beauté et des difficultés de Wozzeck. En effet, c’est vraiment là qu’il nous faut des chanteurs-acteurs et nous les avons avec en particulier Peter Mattei dans le rôle-titre. Il nous avait scotché dans Amfortas, il nous entrainera ce soir dans les tréfonds de la folie et du désespoir.

L’histoire 

Franz Wozzeck, un ancien soldat a eu un fils avec Marie qui fut prostituée. Un médecin l’utilise pour des expérimentations qui lui cause des hallucinations épouvantables. Marie, devant cette folie, s’éloigne de lui et lui est infidèle. A bout de jalousie et d’aliénation, il tue Marie et se suicide en se noyant dans un étang. La dernière scène montre son petit garçon à qui on apprend la mort de sa mère et qui, inconscient, continue à jouer au soleil… 

Il y a finalement trois mots-clés pour comprendre Wozzeck.

Le premier est certainement « expressionnisme ». Nous sommes au cœur de ce grand courant artistique né au début du XX° siècle notamment en Allemagne. Il veut donner la pleine mesure de la subjectivité en déformant la réalité et ainsi emporter le spectateur dans un maelstrom d’émotions angoissantes. En peinture, Le Cri de Charles Munch, au cinéma, Nosferatu de Murnau, en littérature les romans de Kafka nous font entrer dans ces émotions. En musique, c’est un trio de compositeurs qui en porte le flambeau : Arnold Schönberg, Anton von Webern et Alban Berg avec ses deux opéras Wozzeck et Lulu, formant ainsi ce qu’on appelle la seconde école de Vienne.

Le deuxième mot clé est évidemment « atonalité ». On considère Wozzeck comme le premier opéra « atonal » et donc une œuvre d’avant-garde qui a influencé tout le lyrique contemporain. Il ne se réclame pas encore toutefois du dodécaphonisme qu’il utilisera dans Lulu. 

Mais un troisième mot vient immédiatement à l’esprit c’est celui de synthèse. Berg n’est pas un homme de système. Il va mettre 10 ans à composer Wozzeck, organise la pièce de Georg Büchner en 3 actes de 5 scènes chacun. Chaque scène reprend une technique musicale spécifique bien connue, passacaille, gavotte, polka ou fugue mais chacune des 15 scènes est une œuvre en elle-même et le mélange de ces « formes classiques transformées » avec des approches abstraites, l’utilisation des leitmotive pour caractériser des émotions et non des personnes comme dans Wagner, le velours du sprechgesang repris à Schönberg, tout cela fait de Wozzeck un opéra d’une modernité transcendante mais qui pour autant ne renie rien  de ses racines.

A écouter ce soir dès 20h dans l'émission "Samedi à l'opéra" présentée par Judith Chaine !

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