Samedi 8 février 2020
3 min

Halka

Halka, un opéra de Stanisław Moniuszko donné le 15 décembre 2019 au Theater an der Wien (Vienne)

Halka
Le ténor Piotr Beczała et la soprano Corinne Winters, entourés de l'Arnold Schoenberg Chor (Theater an der Wien - 15/12/2019), © Monika Riitershaus

Moniuszko est né en 1819 près de Minsk et l’année du bicentenaire qui vient de se terminer a donné lieu à une redécouverte « hors les murs » de ce compositeur. Nous entendrons la retransmission d’une représentation donnée au Opernhaus de Vienne en décembre dernier avec l’orchestre radio symphonique de Vienne sous la direction de Lucas Borowicz et un casting de haute volée, Piotr Beczala, Tomasz Konieczny et dans le rôle-titre Corinne Winters. Vous ne perdrez rien en ne voyant pas les images d’une mise en scène contestable qui situe l’action aujourd’hui dans un hôtel minable… 

Si cet opéra a rencontré un tel succès en Pologne, c’est qu’il s’inscrit dans le réveil des nationalismes qui marque partout en Europe le milieu du XIX° siècle, mouvement qu’on a baptisé le « Printemps des peuples ». La première version en deux actes fut d’ailleurs composée après le soulèvement de Cracovie et la version en 4 actes de 1848 est un véritable hymne au patrimoine de la musique populaire polonaise. Tout cela s’inscrit dans la dictature de fer que subit le pays sous la férule russe. On débute par une polonaise à l’acte I, puis on enchaine avec une mazurka, Halka fait son entrée sur un chant folklorique de Cracovien une danse montagnarde orne l’acte III et on termine à nouveau par une mazurka ! Mais résumer Halka à un pot-pourri du folklore polonais serait injuste.

L'histoire...

Certes le livret apparaîtra à certains quelque peu mélodramatique. A la fin du 18ème siècle dans le sud de la Pologne, la pauvre Halka a été séduite et abandonnée par Janusz qui va épouser la fille du riche sénéchal Stolnick. Elle ne voit même pas l’amour sincère que lui porte le fidèle Jonteck, envisage de mettre le feu à l’église où le mariage doit se dérouler. Elle y renonce et va se suicider en se noyant dans la rivière. Halka est donc un drame social qui dénonce les misérables conditions de vie des paysans polonais réduits au servage. Cet aspect de l’œuvre donne lieu à des pages superbes, telle la cantilène de Halka à son enfant mort de faim, où sa voix se mêle au violoncelle de façon poignante, l’air de la folie de Halka relève d’une italianité que n’aurait pas désavoué Donizetti. 

C’est cela la force et l’originalité de Stanislaw Moniuszko, être à la fois totalement polonais et totalement européen : c’est sans doute une synthèse à méditer en ces temps troublés ! 

A écouter ce soir sur France Musique ! 

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