La chronique de Roselyne Bachelot
Magazine
Vendredi 5 avril 2019
3 min

L'opéra en Chine

La semaine dernière, le président de la République de Chine était en visite officielle en France, mais ce n’est pas lui qui intéresse ce matin Roselyne Bachelot, mais bien son épouse Peng Liyuan.

L'opéra en Chine
La Légende du Serpent blanc : un des grands opéras chinois, © Compagnie Nationale de l'Opéra de Pékin

Peng Liyuan

La première dame de Chine, général de l’armée populaire de Chine, députée et soprano,  s’est rendue célèbre pour ses participations au Gala du Nouvel an où elle interprétait le célébrissime Sur les plaines de l’espoir. 

Peng Liyuan assoit son talent sur une solide culture académique : elle est titulaire d’une maitrise de musique ethnique et s’est fait une spécialité de chants patriotiques qui expriment la vie quotidienne des gens simples, des ruraux en particulier, tel son grand succès Les gens de notre village. Peng Liyuan jouit d’une immense popularité en Chine et l’on dit qu’elle n’est pas pour rien dans l’ascension de son mari. 

Elle s’inscrit dans une culture traditionnelle qui a structuré le théâtre, l’opéra, la danse et le cirque chinois, quatre disciplines étroitement mêlées.

Timeline de l'opéra chinois

Il est difficile de dater exactement l’apparition de l’opéra chinois. 

Ce sont certainement des pratiques religieuses au droit des temples – conjurations, exorcismes, transes - qui en sont les premières manifestations. 

Dès le 6ème siècle, sous la dynastie des Tang, il en existe des préfigurations. C’est sous la dynastie des Song du 10ème au 13ème siècle qu’apparait la danse des drapeaux où l’artiste court avec un drapeau semblant flotter dans le vent, un classique qu’on retrouve couramment dans les ballets d’aujourd’hui. 

Mais c’est sous la dynastie Yuan à partir des 13 et 14éme siècle que le genre va se structurer avec des accompagnements orchestraux de plus en plus complexes et rythmés mêlant cordes et percussions, des personnages archétypaux avec de fortes influences indiennes qui vont aboutir au 18ème siècle au modèle achevé qu’est l’Opera de Pekin. 

Les étudiants chinois qui partent étudier en Occident au début du 20ème siècle sont les vecteurs d’une influence européenne grandissante. 

Quand Mao arrive au pouvoir, les communistes vont d’abord utiliser ce théâtre chanté à des fins de propagande, mais la Révolution culturelle va sonner le glas de l’ouverture : les troupes sont dissoutes, les artistes poursuivis. La redoutable Jiang Quing, la 4ème femme de Mao, ancienne actrice et prostituée, n’autorise que 8 opéras…

Les choses reviendront peu à peu à la normale, mais les autorités chinoises gardent une méfiance millénaire vis-à-vis des activités culturelles toujours soupçonnées d’être des lieux de complot et de sédition.

En tous cas, elles veulent de manière intelligente à la fois concilier l’ouverture au monde occidental, la sauvegarde du patrimoine traditionnel et l’encouragement à des créations nationales. On retrouve cette trilogie à l’opéra de Beijing avec comme architecte le français Paul Andreu ou celui de Shangaï, architecte Jean-Marie Charpentier. 

Ce sont aussi des architectes angevins Frédéric et Polly Rolland qui sont les concepteurs de plusieurs opéras en Chine. Ce qui ne laisse pas d’étonner quand on assiste à un spectacle en Chine, c’est l’engouement des jeunes pour l’opéra occidental avec une moyenne d’âge souvent au-dessous de la trentaine. 

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