Vendredi 15 mars 2019
3 min

Hommage à l'Algérie, terre de musique

Ce matin, Roselyne Bachelot nous invite dans un voyage vers l’Algérie... Malgré la difficulté de résumer en quelques minutes la richesse et la diversité de ce patrimoine, cette chronique est l’occasion de saluer une terre de culture et particulièrement de musique !

Hommage à l'Algérie, terre de musique
La mère du Raï : Cheikha Rimitti, © MLP

La richesse et la diversité de ce patrimoine

Aux racines de l’identité musicale algérienne, il y a bien sur l’héritage arabo-andalou avec ses trois écoles :

  • Gharmati de Tlemcen qui se réclame de Grenade
  • Ça’naa d’Alger héritière de Cordoue
  • Malouf de Constantine dont la filiation est à Séville

Difficile de résister au rappel de l’anecdote contée par Chateaubriand dans le dernier des Abencérages qui voit le sultan Boabdil, le dernier roi maure de Grenade chassé de son royaume, s’arrêtant sur la route de montagne pour contempler son royaume perdu et tancé par sa mère la sultane Aïxa...

Pleure maintenant comme une femme le royaume que tu n’as pas su garder comme un homme ! 

Ce sont ces dizaines de milliers de réfugiés maures chassés d’Espagne qui vont gagner l’Afrique et en premier lieu l’Algérie et y installer des codes musicaux très raffinés et très structurés représentés par les noubas des pièces musicales et instrumentales où les solistes se produisent dans un ordre codifié. 

Terre de tradition classique et rurale

L’Algérie est donc une terre de musique classique, mais elle est aussi un incroyable réservoir de musique populaire qui s’est nourrie de traditions rurales qui ne renie pas le classique arabo-andalou comme dans le Chaabi.

Le Raï

Il trouve ses origines au XIX° siècle dans le Bedoul, apparu en Oranais et dont la figure marquante est Mestfa Ben Brahim et qui voit un chanteur soliste accompagné par un tambour et deux flûtes. Le Bedoul donne naissance au Raï au XX° siècle

Sa caractéristique est de s’imposer sur des textes forts, d’ailleurs raï signifie opinion, point de vue. 

Le poète donne son avis sur des thèmes profonds en n’hésitant pas à pratiquer le mea culpa. Si le Raï est né dans l’Oranais, il conquiert très vite toute l’Algérie avec ses deux figures emblématiques que sont Cheikh Hamada et surtout Cheikha Rimitti

Après l’Algérie, le Raï part à la conquête du monde entier et l’album Kutche coproduit par Cheb Khaled et Safy Boutella paru en 1987 est classé parmi les 100 meilleurs albums du siècle. Le métissage se fait alors avec toutes les musiques et chacun connait la collaboration entre Cheb Khaled et Jean-Jacques Goldmann pour Aïcha.

Cheikha Rimitti, grande dame de l’identité algérienne

Née en 1923, près de Sidi bel Abbes, elle a composé plus de 200 chansons, un véritable réservoir où beaucoup ont puisé allègrement.  

C’est une femme libre qui chante l’amour, le sexe, l’alcool, combat le tabou de la virginité. Après l’indépendance, certains de ses textes seront censurés. Elle vantait notamment l’ivresse de l’alcool et des étreintes amoureuses ! Son surnom de Rimitti vient de l’interpellation qu’elle lançait dans les bars où elle se produisait : Remettez-moi ça… 

Elle passera ses dernières années à Paris et mourra deux jours après un dernier concert au Zénith avec Cheb Khaled.

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