Samedi 18 janvier 2020
3 min

Ercole Amante, un opéra de Francesco Cavalli

Opéra enregistré le 4 novembre 2019 à l'Opéra comique dans une mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq, avec l'orchestre Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon.

Ercole Amante, un opéra de Francesco Cavalli
Ercole Amante à l'Opéra Comique, © S. Drion

Une fois de plus, nous avons rendez-vous avec un homme qui s’est fait rare sur nos scènes lyriques, Hercule, qui plus est, amoureux ou pour mieux dire Ercole amante. On ne peut dire non plus que son compositeur Francesco Cavalli soit très présent dans nos maisons d’opéra ! Les amateurs ont savouré L’Oristeo donné à Marseille en 2016 ou le scabreux Eliogabalo de l’Opéra de Paris en septembre-octobre 2016 et sauf erreur de ma part, cet Hercule n’a pas été donné à en France depuis la production du Châtelet en 1981.

Si vous n’avez pas eu l’occasion d’assister à l’une des représentations données à l’Opéra Comique tout au long du mois de novembre ou au Théâtre royal de Versailles dans une mise en scène pleine d’humour et de fantaisie de Valérie Lesort et Christian Hecq qui nous avaient régalé avec le Domino noir d’Auber, c’est l’occasion de vous installer à 20H avec France Musique et notre amie Judith Chaine

Cette rareté de la présence de Cavalli est d’autant plus inexplicable que son opéra Il Giasone fut l’opéra italien le plus joué au XVII° siècle en Europe. On peut dire que Cavalli est vraiment un « musicien poète » transformant la poésie en roman musical. Il est même d’une étonnante modernité car il fut le premier à typer des mélodies spécifiques sur chaque personnage, ce qui donnera plus tard le concept de leitmotiv. Cavalli est un mélodiste superbe et raffiné et ses œuvres n’ont aucunement l’aspect rébarbatif de certaines compositions baroques empreintes de lourdeur. Cavalli signe vraiment le drama giocoso et la farce s’y mélange à l’émotion d’une italianité irrésistible, démontrant -s’il en était besoin- que l’on peut être burlesque sans jamais être vulgaire. 

Francesco Cavalli n’est pas vénitien comme on le croit trop souvent mais lombard. Né en 1602, il s’appelait en fait Pier Francesco Caletti-Bruni -rien à voir avec une ex-première dame-. Il a 14 ans quand il gagne Venise, rentre dans les chœurs de San Marco, devient organiste puis premier organiste avant d’occuper le poste envié de maître de chapelle à la Capella marciana. Il prend alors le patronyme d’un de ses protecteurs et mécènes. Il crée son premier opéra en 1639 Le nozze di Teti e di Paleo et très vite Paris va le découvrir avec Egisto monté au Théâtre du Petit-Bourbon. Rien d’étonnant donc à ce que Mazarin, fou de musique lyrique, lui commande une œuvre pour le mariage de Louis XIV en 1660 : ce sera donc cet Ercole Amante dont le titre est en soit une salutation non dénuée d’obséquiosité et de servilité. En fait, Ercole amante ne fut donnée que 2 ans plus tard, les travaux de la Salle des machines des Tuileries ayant pris du retard. Il se dit aussi que Cavalli aurait été furieux de voir ajouter des ballets, composés par Lully … et qui firent le triomphe de la Première. Il faut dire que le roi y dansait…

Michel Parouty dans Opéra Magazine : c’est drôle, charmant et surtout plein d’humour ou encore Guillaume Saintagne pour Forum Opera qui nous parle de trois heures d’enchantement.Raphaël Pichon à la tête de Pygmalion assure une direction enjouée, fraîche et joyeuse qui chasse les miasmes de la morosité qui rôde. Je ne vous détaille pas le casting parfaitement homogène sauf pour citer la basse du rôle-titre Nahuel Di Pierro avec un velours vocal à vous faire chavirer et la Déjanire de la mezzo Giuseppina Bridelli est époustouflante …

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