Samedi 25 janvier 2020
3 min

Déboulonnons la statue de Don Carlo !

A l’occasion de la reprise à l’Opéra de Paris de Don Carlo, la version italienne de Don Carlos, Roselyne Bachelot déboulonne une idole et conte la vraie histoire de Charles d’Autriche qui inspira Schiller et Verdi.

Déboulonnons la statue de Don Carlo !
Portrait de Giuseppe Verdi en 1870, © Getty / De Agostini Picture Library

Charles d’Autriche ne ressemblait ni à Jonas Kaufmann ni à Roberto Alagna ! Il était difforme, épileptique, d’une laideur repoussante et son caractère profondément instable le livrait à des crises de colère irrépressibles où il faisait montre de grande cruauté. Il faut dire qu’une consanguinité ahurissante sévissait à la cour d’Espagne : il avait seulement six arrière grands-parents au lieu de seize et de plus, deux de ses arrière-grands-mères, Jeanne de Castille et Marie d’Aragon, étaient sœurs. Sa grand-mère maternelle était la sœur de son grand-père paternel et son grand-père maternel était le frère de sa grand-mère paternelle ! 

A cette lourde hérédité, va s’ajouter une série d’humiliations qui vont altérer son caractère violent. Alors qu’il a treize ans, on lui fait miroiter la perspective d’un mariage avec Elisabeth de Valois, princesse de France et fille de Henri II. Il s’agissait d’un projet éminemment politique destiné à sceller la paix entre l’Espagne et la France toutes deux épuisées par un interminable conflit en Italie. Las, pour l’infant, sa belle-mère, Marie Tudor a la bonne idée de mourir en novembre 1558 laissant Philippe II veuf une nouvelle fois. Persuadé à raison que son fils est inapte à un tel mariage, il épouse Elisabeth, ces épousailles étant une des stipulations du Traité de Cateau-Cambrésis qui signe la réconciliation hispano-française. 

Quand elle arrive en Espagne, elle n’a jamais rencontré son beau-fils et il est tout à fait impossible qu’ils soient tombés amoureux l’un de l’autre. La véritable histoire d’amour naquit en fait entre Philippe et Elisabeth et leur union fut heureuse d’autant que lors de ce mariage, le roi n’avait que 32 ans, bien loin du vieillard cacochyme représenté par Verdi. 

Charles d’Autriche n’agit donc nullement par dépit amoureux, mais parce qu’il considère cela comme une insulte personnelle. De plus, Philippe II va « remettre le couvert » !  Alors que Charles espère épouser sa cousine l’archiduchesse Anne d’Autriche, son père s’oppose à nouveau à ce mariage et redevenu veuf, épouse celle que son fils convoitait. Pire, Philippe II fait venir ses neveux Rodolphe et Ernest d’Autriche et leur promet sa succession. Charles d’Autriche entre en rébellion ouverte et prend contact avec les insurgés flamands. A-t-il alors vraiment tenté d’assassiner son père ? Ce dernier en fut convaincu et fit condamner son fils par l’Inquisition et jeter dans un cul de basse-fosse où il mourut à l’âge de 23 ans, très probablement empoisonné. 

Don Carlo de Schiller et de Verdi présente Charles d’Autriche et son ami Rodrigue comme des défenseurs des libertés et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le dramaturge et le musicien, tout imprégnés des mouvements démocratiques et nationalistes du XIX° siècle transposent ces aspirations à la Cour d’Espagne, et une époque, le XVI° siècle, où elles étaient inconnues. 

Désolée, les amis, résumons-nous : le vrai Don Carlo était un avorton psychopathe, il n’a jamais été amoureux d’Elisabeth de Valois, pas plus que celle-ci ne l’a aimé, il se moquait bien des flamands et n’a comploté que pour se venger d’un père détesté qui voulait le priver du pouvoir absolu qu’il espérait bien récupérer. 

Don Carlo est à écouter ce soir à partir de 20h dans la soirée opéra présentée par Judith Chaine.

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