La chronique de Roselyne Bachelot
Magazine
Vendredi 31 mai 2019
3 min

Défense des modernes

Roselyne s'oppose aujourd'hui à l’antienne fameuse : « c’était mieux avant » en défendant les metteurs en scène qui cassent les codes classiques !

Défense des modernes
Manon de Massenet par Olivier Py à l’Opéra Comique, © Robert Carsen

Gardiens du temple vs Iconoclastes

Les maisons d’opéra sont peuplées de gardiens du temple qui considèrent les œuvres lyriques comme des cérémonies rituelles dont il ne faudrait changer ni un élément du contexte historique, ni un décor, ni le profil psychologique des personnages.

Manon de Massenet par Olivier Py

Roselyne s'en faisait la réflexion une fois de plus en entendant la bordée de huées qui a salué la mise en scène d’Olivier Py pour la Manon de Massenet à l’Opéra Comique. 

Nous avons vu tellement de Manon présentée comme une fofolle gentiment écervelée, les plus osés en restaient toutefois au personnage d’une coquette intéressée trouvant sa rédemption dans la mort. Olivier Py dit crûment ce que le livret de Henri Meilhac et Philippe Gille décrit sans détours : Manon est une prostituée dont la chair est livrée à des bourgeois lubriques et dont le cousin, l’infâme Lescaut est un proxénète abominable. 

Nulle bluette romantique là-dedans mais une satire sociale désespérée et le « ne bronchez pas, soyez gentille » résonne comme l’écho des injonctions de soumission qui ont accablé les femmes pendant des siècles et les accablent encore aujourd’hui.

On comprend bien que les amateurs d’opéra du XIXème siècle ne voulaient pas voir cet aspect des choses, eux qui considéraient les actrices et les danseuses comme des corps dont ils pouvaient disposer à loisir.  Mais en ce début du XXIème siècle, il nous faut revisiter un certain nombre d’œuvres et des mises en scène talentueuses nous y invitent.

L'exemple de Robert Carsen

A la réouverture de la Fenice en 2004, Robert Carsen avait délibérément restitué Violetta, la Traviata, dans toute la vénalité de son personnage en couvrant le sol de sa maison de campagne de billets de banque puis en transformant la scène de fête chez Flora en cabaret interlope. Carsen abandonne les visions à l’eau de rose dont on nous a abreuvés et dit là encore que Violetta est une prostituée, non pour l’accabler, mais pour dénoncer l’argent et l’impérium social.

C’est sans doute dans cette nouvelle lecture des rapports homme-femme que les metteurs en scène d’opéra ont été les plus novateurs. On se rappelle avec enthousiasme du Cosi fan tutte de Chéreau en 2005. Certains s’étaient indignés que l’on ne retrouve pas la « légèreté » ou le « sourire » de Mozart.

La vérité est que Mozart est tout sauf léger et que ses opéras sont marqués par la tristesse, l’amertume, la désillusion, le désespoir. Ceux qui trahissent Mozart sont bien ceux qui en ont fait une fantaisie gentillette et reprenons au fabuleux Raimondi et son Don Alfonso qui avait quitté les habits habituels du barbon ou du bouffon pour prendre ceux d’un vicieux cruel aux ressorts maléfiques, amateur de bouffe et d’amours tarifées. C’est bien Chéreau qui dit la vérité de Mozart.

La défense de la démarche novatrice

Il ne s'agit pas là de défendre toutes les mises en scène actuelles ! Mais si nous voulons que le théâtre lyrique reste vivant, il faut suivre la démarche novatrice voulue par Wolfgang Wagner à Bayreuth il y a 50 ans avec le Werkstaff, l’Atelier de Bayreuth. 

Les œuvres y sont ainsi analysées par les plus grands : huées au départ, elles deviennent des classiques ovationnés parfois dès l’année suivante. Ceux qui comme Roselyne ont eu la chance de voir Les maîtres chanteurs de Nuremberg dans l’extraordinaire réalisation de Barry Koski savent que c’est la création bouleversante qui fait vivre Wagner et le respect morbide de la tradition qui le tue.

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