Mardi 18 septembre 2018
3 min

" Ce sourd entendait l'infini " : Beethoven sous la plume de Victor Hugo

" Ce sourd entendait l'infini " : Beethoven sous la plume de Victor Hugo
Julie Depardieu, © Radio France / Christophe Abramowitz

Beethoven par Victor Hugo

Ce sourd entendait l’infini.

Les hommes lui parlaient sans qu’il les entendît ; il y avait une muraille entre eux et lui ; cette muraille était à claire voie pour les mélodies de l’immensité.

L’infirmité de Beethoven ressemble à une trahison ; elle l’avait pris à l’endroit même où il semble qu’elle pouvait tuer son génie, et, chose admirable, elle avait vaincue l’organe sans atteindre la faculté.

Beethoven est une magnifique preuve de l’âme… Ah vous doutez de l’âme ?

Et bien écoutez Beethoven ! Cette musique est le rayonnement d’un sourd.

Est-ce le corps qui l’a faite? Cet être qui ne perçoit pas la parole, engendre le chant.

Son âme. , hors de lui, se fait musique.

Que lui importe l’absence de l’organe !

Le verbe est là... toujours présent…

Beethoven, tous les pores de l’âme ouverts, s’en pénètre.

Il entend l’harmonie et fait la symphonie Il traduit cette lyre par cet orchestre.

Les symphonies de Beethoven sont des voix ajoutées à l’homme.

Cette étrange musique est une dilatation de l’âme dans l’inexprimable.

L’oiseau bleu y chante... l’oiseau noir aussi La gamme va de l’illusion au désespoir, de la naïveté à la fatalité, de l’innocence à l’épouvante.

La figure de cette musique a toutes les ressemblances mystérieuses du possible.

Elle est tout. Profond miroir dans une nuée. Mystères...

Il y a dans l’âme des jeunes filles une fleur qui chante, c’est cette fleur là qu’on entend dans Beethoven.

De la une suavité incomparable. Plus qu’un chant, une incantation.

Cependant la vie réelle entre brusquement dans ce songe,

au milieu de son monstrueux et charmant poème.

Beethoven donne un bal, il improvise une fête, secoue des castagnettes, Tape sur un tambourin, danse, tournoie, valse, les bras entrelacés.

serrent les seins contre les poitrines, à l’écart , dans la clairière, le jeune homme rougissant salue une étoile où il voit une vierge, des sourires de belles filles apparaissent, montrant des dents pleines de lumières, des enfants et des moineaux jasent, les troupeaux bêlent, on entend la clochette des vaches rentrante, il y a des chaumières sous des saules, et c’est là le bonheur, la famille, la nature, la prairie, la floraison d’avril, la jeunesse, la joie, l’amour avec l’horreur secrète d’Irminsul…

Debout là-bas, sous les arbres, dans les ténèbres...

Resplendissements d’harmonie... dialogue de l’âme avec la nature…

Ces merveilles d’harmonie, ces irradiations sonores de la note et du chant Sortent d’une tête dont l’oreille est morte. Il semble qu’on voie un dieu aveugle créer des soleils.

L'équipe de l'émission :