La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 4 septembre 2020
2 min

Un opéra "Original" au Théâtre de l'Aquarium

Guillaume Tion a réussi à voir le seul opéra actuellement à l'affiche en France : "Original d'après une copie perdue" était donné au Théâtre de l'Aquarium à la Cartoucherie.

Un opéra "Original" au Théâtre de l'Aquarium
Original, d'après une copie perdue, © La vie Brève

La troupe du Théâtre de l’Aquarium a proposé, la semaine dernière, dans ses lieux au sein de la Cartoucherie de Vincennes, un opéra.  
Bien sûr, quand on dit opéra, tout le monde pense Tosca, Traviata, Carmen et compagnie, des oeuvres de répertoire avec une fosse qui déborde et des choristes à foison.
Ce n’était pas le cas ici : l’opéra était fictif, il durait 30 minutes, mobilisait une dizaine de musiciens, mais se trouvait néanmoins assez riche puisqu’il était constitué de cinq actes, avec prologue, interlogue et épilogue.

On connaît l’appétit musical de la compagnie La Vie Brève, à l’origine de cette pièce au titre iconoclaste : "Original d’après une copie perdue."
Samuel Achache et sa bande sont d’habitude friands de la réinterprétation comique comme pour l’Orfeo avec Je suis mort en Arcadie ou Didon et Enée avec le Crocodile trompeur.
Cette fois, ils s’intéressent à un personnage : Athanasius Kircher, jésuite allemand et savant du XVIIe siècle, qui concevait la musique par le petit bout de la lorgnette. Kircher n’a pas composé d’oeuvre mais il a par exemple mis au point un système pour générer des contrepoints à base de combinaison mathématiques, ce qui en fait un des pionniers de l’informatique musicale. Il a aussi créé un orgue à chats, où chaque touche du clavier, une fois enfoncée pique la queue du mignon petit animal qui émet un doux miaulement...
C’est donc cette figure de savant, sadique, que La Vie Brève met en scène à la recherche d’une mélodie qu’on retrouve à travers l’histoire, de la Bible à la Renaissance. En n’oubliant pas non plus la phrase muette de l’Humoresque de Schumann, hastig, que l’instrumentiste doit écouter intérieurement mais ne surtout pas jouer.

Tout à la joie de sa réouverture, la troupe a transporté les spectateurs dans chaque recoin du lieu, grande salle, petite salle, foyer, jardin, atelier des décors. Dans la série des réinventions et de la recherche d’un tout-théâtre, l’Aquarium a de l’avance.
Bien plus par exemple que le Festival d’Avignon, événement international qui célèbre le théâtre hors des théâtres mais qui, précisément quand on en avait besoin, a fermé.
C’est là, dans l’atelier, qu’à la fin du spectacle les comédiens-musiciens ont interprété ce faux opéra. Certains actes ne contenaient que la section flûte ou que la partition des chanteurs, d’autre avaient totalement disparu. Mais durant cette soirée, on a pu atteindre, bribe par bribe, à une célébration exhaustive de la musique via le théâtre. Avec cet opéra, avec ces commentaires musicologiques, avec cette soif d’interprétation, mais aussi avec un redoutable melting pot musical qui proposait dans le foyer une masse de genres différents: musique romantique, balade, plain chant ou encore electro, on picorait autant qu’on était submergé par la musique, et ça, il y avait longtemps que ça n’était pas arrivé.

L'équipe de l'émission :