La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 11 mars 2020
5 min

"Tosca" à l'Opéra de Rouen Normandie

Guillaume Tion a assisté à la Tosca de Puccini dans la mise en scène de David Bobée à l’Opéra de Rouen-Normandie. Malgré le coronavirus, cette nouvelle production est présentée dans une jauge adaptée qui culminera à 800 places. Pas de souci, donc, vous pouvez vous précipiter à Rouen.

"Tosca" à l'Opéra de Rouen Normandie
Tosca à l'Opéra de Rouen Normandie, © Arnaud Bertereau

Qui est Tosca ?

Une femme qui passe de l’état d’amoureuse au cœur pur à celle de victime. Quand s’ouvre l’opéra, Tosca la cantatrice n’a d’yeux que pour son Mario, son peintre chéri. Deux actes plus tard, elle s’est fait agresser sexuellement, a tué son bourreau, a vu Mario mourir et se suicide. Tout va bien !
Les trois actes adaptés de Victorien Sardou peuvent d’ailleurs se lire en ce sens : ingénuité, douleur, mort. A cette base, naturellement, David Bobée ajoute sa patte.

David Bobée défend ce qu’il a toujours défendu : le militantisme. Il est à la pointe du combat sur la diversité au théâtre et pour une meilleure représentation des minorités ethniques. Il fait de Floria Tosca le symbole de sa cause.
Au premier acte, il brouille les pistes entre la fameuse brune qu’est Tosca et sa rivale blonde en faisant brûler tous les tableaux de l’église Sant’Andrea Della Valle. Plus de brune, plus de blonde, plus de distinctions à opérer.
Au second acte, sa Tosca ne s’en laisse pas compter contre Scarpia avant de le trucider. 

Cette nouvelle production est-elle bien chantée ?

Il y a un beau plateau très homogène, suffisamment pour rendre crédible la longue scène de torture du deuxième acte. On ne va pas décerner de médailles, mais on a aussi été ébloui par la façon dont le ténor Andrea Carè, qui interprète Mario, a chanté son "E lucevan le stelle" avant de mourir.
Quant à l’Orchestre de l’Opéra de Rouen-Normandie dirigé par Eivind Gullberg-Jensen, il était bondissant et articulé à souhait, avec quelques accès de pudeur qui contrastaient avec la teneur du propos.
Cette Tosca, bien que sage d’apparence, est tout sauf timide. Nous n’avons pas parlé de ce qui se passe au troisième acte. Ce n’est pas l’Américaine Latonia Moore qui se suicide en sautant du plateau, comme c’est le cas d’habitude, mais son image en vidéo.
La soprano reste bien droite, debout à la manière de quelqu’un qui se lève et qui se barre. C’est toute cette colère que David Bobée, qui avait d’ailleurs monté un spectacle avec Virginie Despentes : Viril, apporte à sa Tosca.

Tosca à voir du 4 au 12 mars 2020.

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