Vendredi 26 février 2021
3 min

Thierry Escaich propose un "prolongement fantasmé" de La Voix humaine de Poulenc

Avec sa nouvelle création "Point d'orgue", Thierry Escaich double "La Voix humaine" de Poulenc pour une nouvelle production signée Olivier Py au Théâtre des Champs-Elysées. Le théâtre est évidemment fermé mais le spectacle sera à voir en streaming et à écouter sur France Musique.

Thierry Escaich propose un "prolongement fantasmé" de La Voix humaine de Poulenc
La soprano Patricia Petibon interprète La Voix humaine de Poulenc aux Théâtre des Champs-Elysées, ainsi que Point d'Orgue de Thierry Escaich à voir en streaming, © Vincent Pontet

C'est une proposition ambitieuse autour de La Voix humaine de Poulenc : une nouvelle production sera captée la semaine prochaine au Théâtre des Champs-Elysées.
Alors pour ceux qui ne chantent pas la Voix humaine tous les matins, petit rappel: ce monologue en un acte de Cocteau écrit en 1930 et composé par Poulenc en 1959, expose le désarroi d’une femme qui vit la fin de son histoire d’amour le temps d’un long coup de téléphone. Pour faire court, on y trouve l’effloraison du monde virtuel à venir sur une forme mature de parler-chanter.
Il y a quatre ans, Michel Franck, le directeur du Théâtre des Champs-Elysées, a demandé à Thierry Escaich de réfléchir à une pièce accolée à la Voix humaine. Tout était possible: intervenir en amont et contextualiser le coup de fil, ou plutôt imaginer une suite à l’histoire.
Thierry Escaich nous a expliqué avoir opté pour la seconde option : “On s’est imaginé que ça pourrait être un prolongement fantasmé de la Voix humaine, comme si l’on pouvait voir ce que devient cette femme, anéantie à la fin du Cocteau.” Le tout sans temporalité exacte : nous sommes dans le futur du Poulenc.
Pour mener son projet à bien, Thierry Escaich s’est entouré d’Olivier Py, qui avait mis en scène son premier opéra, Claude. Olivier Py s’est ici chargé du livret et de la mise en scène de ce nouvel opéra, plus long d’ailleurs que celui de Poulenc, qui se nomme Point d’orgue.

Intéressons nous à la musique. Comment s’accommoder de l’héritage de Poulenc? En s’en démarquant, précisément. Thierry Escaich note des liens avec le compositeur du Dialogue des carmélites, dans l’influence française ou dans la formation orchestrale. Mais pour le reste, les deux ambiances musicales sont différentes, sans clin d’oeil dans les thématiques ou la grammaire.
Thierry Escaich privilégie une approche cinématographique de sa partition. “Ce n’est pas un orchestre accompagnant", précise-t-il. "J’ai essayé de créer des sonorités, avec des glissandi qui s’enchaînent ou une banda grotesque, qui louche vers Fellini. Ensuite je perturbe cette évolution générale par des traits d’humeur. J’essaie de réagir à chaque mot avec une couleur particulière. C’est un orchestre sur plusieurs étages.”

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Un univers réellement opératique

Thierry Escaich n'a pas conservé le principe du parlé-chanté. Avec trois personnages, Elle, entourée de Lui et l’Autre, soit deux hommes dont son amant, Thierry Escaich a donc utilisé les techniques vocales des trois protagonistes. Nous retrouvons Patricia Petibon, Jean-Sébastien Bou et Cyrille Dubois, dont le rôle virevoltant le pousse même dans des territoires de virtuosité presque mozartiens. “Toutes ces couches superposées en font un opéra bipolaire”, analyse Thierry Escaich.
C’est précisément ce qui motive et meut le compositeur: la nouveauté. Thierry Escaich se considère d’abord comme un musicien. Pour lui, composer n’est pas un métier. Son métier, c’est la musique, l’expression musicale. Il jouait mercredi à Moscou, supervisait des répétitions hier, enseigne aujourd’hui… Ce qui le pousse c’est justement de tourner le dos à ce qu’il crée pour s’en nourrir et avancer. “Ma carrière n’est pas un tableau de chasse", explique-t-il. "Je paume mes pièces, même mes manuscrits. Je suis attiré à chaque fois par l’étape d’après. Où puis-je aller plus loin ? En psychanalyse on appelle ça une névrose d’idéal”.
Bipolarité et névrose, on est bon pour une bonne séance.

A écouter sur France Musique le 27 mars 2021 dans Samedi à l'Opéra.

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