La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 15 janvier 2020
2 min

La Schubertiade au Festival Bruit au Théâtre de l'Aquarium à Paris

Guillaume Tion était au Théâtre de l'Aquarium à La Cartoucherie à Paris pour assister à la Schubertiade que propose le Festival Bruit le mercredi 15 et le jeudi 16 janvier 2020 avec le Trio A.Storni.

La Schubertiade au Festival Bruit au Théâtre de l'Aquarium à Paris
Le Trio A.Storni

Nous sommes dans le creux absolu de la vague, d’un côté les grèves, de l’autre les nouvelles productions qui débutent la semaine prochaine…
Guillaume Tion propose qu’en patientant, on se tourne vers une initiative intéressante donnée ce soir et demain à 19 heures au Théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes : la résurrection des Schubertiades par un trio féminin détonant, A.Storni.

Les Schubertiades, c’est le nom donné aux soirées organisées à Vienne autour de Franz Schubert. Comme nous l’a expliqué Marie Salvat, violoniste du trio, c’est le moment où le compositeur, marginal, peu joué ni édité de son vivant, présentait ses partitions et les proposait à sa bande.
Car Schubert, c’est la figure romantique sombre du génie fauché à 31 ans, complexé et fleur bleue comme le précise Salvat, mais c’est aussi toute une équipe : son frère, ses amis comme le peintre Moritz von Schwind, le dramaturge Franz Grillparzer… Et maintenant le trio A. Storni, avec Marie Salvat, Myrtille Hetzel au violoncelle et Sarah Margaine au piano.

Que signifie A.Storni ?

Le A est initialisé, il s’agit d’Alfonsina Storni, poétesse argentine du début du XXe siècle. Les musiciennes cherchaient une artiste puissante, féministe et du Sud. Car Sarah Margaine et Marie Salvat viennent de Narbonne et Perpignan. 

Toutefois, leur programme est viennois. Elles vont organiser leur schubertiade en présentant devant le public de
courtes pièces comme le premier mouvement de l’arpeggione et des lieder. Entre ces pièces, chacune prendra le micro et racontera les raisons de son amour pour Schubert dans une sorte de discussion semi-improvisée avec le public. Ensuite, elles enchaîneront avec le Trio op. 100, gros morceau, quintessence schubertienne de 50 minutes, qu’elles interprètent avec un allant certain.

Car voici la question qui ronge tous les musiciens chambristes : comment interpréter Schubert ? A partir de quand se sent-on légitime pour s’emparer de cette musique très codée ? Est-ce une schubertiade ou une A.Storniade ? Marie Salvat a étudié à Vienne pour se faire une idée précise de la façon dont interpréter le compositeur, et avoue n’avoir pas forcément tout intégré. Fascinée par le fait que Schubert n’aurait certainement pas imaginé que, je la cite, "trois nénettes reprendraient ses oeuvres en 2020", elles se lancent et cherchent un biais entre l’effacement de l’interprète face à l’oeuvre et l’envie qui reste le moteur d’un tel projet. L’équilibre se trouve dans la recherche d’une manière de jouer simple et respectueuse en gardant à distance les considérations historiques.

La violoniste a aussi ce joli mot sur Schubert: il est entouré par la mort mais ce n’est pas la mort qui fait peur, il sait accompagner les grandes douleurs.
Entre la programmation et les réflexions sur la manière, cela commence à faire un style.

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