La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 9 octobre 2019
2 min

Les Indes Galantes à l'Opéra Bastille

Guillaume Tion nous livre sa vision de la nouvelle production des Indes Galantes de Rameau dans la mise en scène de Clément Cogitore, visible à l'Opéra Bastille du 26 septembre au 15 octobre 2019.

Les Indes Galantes à l'Opéra Bastille
Florian Sempey dans Les Indes Galantes de Rameau, © Little Shao / Opéra national de Paris

Guillaume Tion est allé écouter Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau à Bastille : 3h45 de baroque sur une scène pas très adaptée, celle de l’Opéra Bastille.

La salle est plus vaste que celle du Palais Garnier, avec un orchestre plus réduit que ceux qui interprètent habituellement les productions classiques ou romantiques qui s’y déroulent. La formation de Leonardo Garcia Alarcon, la Cappella Mediterranea, occupe la fosse avec des instruments d’époque et des cordes en boyau accordés sur un la 415, ce qui pousse plus aux subtilités de l’argenté lunaire qu’à la brillance d’un son tonitruant. On ne va pas à 300km/h !

Toutefois, l’intérêt de ce spectacle réside au moins autant dans la fosse que dans la mise en scène de Clément Cogitore, plasticien, figure en vue de la scène artistique hexagonale, et dans la convocation sur scène de toute une batterie de chanteurs francophones qu’on adore : Sabine Devieilhe, Julie Fuchs, Stanislas de Barbeyrac...

Alors qu’en a-t-il fait, Clément Cogitore, de ces Indes galantes ?

Il les a servies aux danseurs de la compagnie Rualité. En lieu et place des ballets, le spectacle propose une avalanche de danse de rue chorégraphiée par Bintou Dembélé dans un écrin baroque. Sans toutefois qu’il y ait de quoi s’affoler, la street battle du XVIIIe siècle n’est pas un concept nouveau, et Clément Cogitore l’avait par exemple déjà affiché dans une vidéo postée sur La 3e Scène, la plateforme vidéo de l’Opéra de Paris, qui avait fait un buzz considérable !

Le spectacle est-il à la hauteur de cette vidéo ?

Le spectacle est inégal. La mise en scène escamote une vue d’ensemble et privilégie quelques tableaux relégués en fond de plateau, qui sont des réactualisations du livret. Les Turcs de Rameau sont transposés chez les migrants, l'eldorado des Incas se trouve dans la réussite médiatique, un manège pour enfants devient une prison... Ce n'est pas très fin mais on a déjà vu pire. Cette production ne sert pas non plus forcément les chanteurs, qui se retrouvent souvent statiques face au public comme dans une version de concert. 

Le spectacle est-il totalement mauvais ? Pas du tout ! Alarcon est magnifique, tout comme le plateau vocal, et les danseurs tiennent la place avec assurance : ce sont eux les héros, leur corps et gestes mis en avant comme jamais
C’est aussi passer à côté de cette mise en scène que de ne pas dire qu’elle provoque dans la salle un engouement certain et absolument massif. Imaginez : une standing ovation d’un quart d’heure, avec modification de l’organisation des saluts, comme pour montrer que quelque chose d’inédit se produit entre la salle et le plateau. C’est aussi ça, ce que nous montre cette production mise en scène par des artistes éloignés des codes de l’opéra : du Rameau hors les clous qui aboutit à des sensations hors les clous elles aussi.
Et rien que pour ça, ça vaut le coup !

Distribution :

  • Sabine Devieilhe, soprano
  • Florian Sempey, baryton
  • Jodie Devos, soprano
  • Edwin Crossley-Mercer, baryton
  • Julie Fuchs, soprano
  • Mathias Vidal, ténor
  • Alexandre Duhamel, baryton
  • Stanislas de Barbeyrac, ténor
  • Orchestre Cappella Mediterranea
  • Chœur de chambre de Namur
  • Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
  • Les danseurs de la Compagnie Rualité
  • Direction, Leonardo Garcia Alarcon
  • Mise en scène, Clément Cogitore

Diffusé le samedi 19 octobre à 20h dans l'émission Samedi à l'opéra de Judith Chaine.

L'équipe de l'émission :